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11 résultats pour “on-des”

Artiste en résidence

Raphaël Moreira Gonçalves

Année/s de résidence : 2018

Installation

ENTRETIEN


Question 1 – Votre pratique

Vous êtes un artiste pluridisciplinaire, qu’est-ce qui vous a mené à toucher à des médiums d’expressions variés comme la sculpture, la vidéo ou la réalité augmentée ?

“Je ne pense pas forcément en termes de médiums mais plutôt en termes d’idées et d’envies. Dans un monde idéal avec des moyens illimités et une configuration neuronale qui me permettrait d’être ultra-lucide tout en ayant plusieurs personnalités et en ayant vécu 1000 vies, j’essaierai simplement de faire un film par jour. Le cinéma est l’un des endroits où j’ai vécu les expériences de vie les plus intenses. Et raconter des histoires est ce qui me plait le plus. Sachant que chaque choix que l’on ne fait pas existe forcément dans une réalité alternative, le fait d’inventer des histoires et des mondes me donne le pouvoir de communiquer avec un réel qui n’existe qu’ailleurs. Savoir qu’il suffit seulement de quelques réactions électro-chimiques pour que les pensées de mon cerveau s’organisent et aboutissent à un dialogue avec un univers alternatif existant m’apporte une ivresse indescriptible.

Mais au final, si l’on pouvait résumer ma pratique cela graviterait essentiellement autour de la sculpture. Que ce soit la sculpture d’une forme physique ou virtuelle, ou que ce soit la sculpture du temps à travers mes films, ma musique ou même dans mes peintures où il s’agit finalement de rajouter des pleins et des vides, de voir quelles lignes, quelles couleurs et textures peuvent influencer et guider le regard. Je ne fais qu’enlever ou rajouter de la matière quelque part pour voir si l’équilibre tient. Et c’est cette recherche globale qui m’anime. Il y a un temps long nécessaire propre à l’élaboration d’une histoire racontée sur une durée précise. J’aime ce temps, le fait de planter une graine et d’attendre de voir quelles arborescences vont ensuite se developper, quelles solutions je vais devoir trouver pour raconter ce que je veux avec une approche scenaristique classique ou pas du tout. Pourtant j’ai aussi besoin d’une pratique plus pulsionnelle qui me permet de tester des formes et des idées plus rapidement. Et ce qui peut se dégager de toutes ces expérimentations c’est mon rapport au virtuel. J’ai toujours eu un rapport particulier à l'”ailleurs”, à ces outre-mondes presque insaisissables. Même enfant j’ai eu une période où j’ai voulu être prêtre, juste avant de vouloir finalement être inventeur d’avions et de vaisseaux spatiaux. Donc cette volonté de vouloir explorer les autres mondes à côté du notre vient de loin. Je me rappelle qu’à l’école primaire j’avais inventé l’histoire d’une personne qui se réveillait sur une autre planète où il était prince, et que sa famille royale attendait son réveil depuis plusieurs années car il était dans le coma. Malheureusement le choc fut si grand qu’il retomba dans le coma pour replonger malgré lui dans notre réalité où il n’était qu’une personne lambda sur notre bonne vieille terre. Je n’avais pas encore vu Matrix, et d’ailleurs il faudrait que mes avocats pensent à enquêter sur ce possible plagiat.

Mais bref, oui ce rapport au virtuel, aux fantômes, aux réalité alternatives a toujours été là et j’essaie d’y mélanger quelques éléments de mon histoire personnelle, de mes rêves, tout en choisissant à l’envi le médium le plus adapté pour traduire mes visions. Car finalement le trouble contemporain sur la question de ce qui est réel et de ce qui ne l’est pas reste assez banal en soi pour axer sa démarche uniquement sur ce thème, sur la question de l’artificiel etc… Tous ces médiums que j’utilise me servent à raconter les histoires que je souhaite voir et entendre, me servent à interagir avec ce que je crois profondément être une sorte d’histoire totale chaotique et inter-dimensionnelle !”

Question 2 – Votre passage au Fresnoy

Que vous a apporté votre passage au Fresnoy, dont vous êtes sorti diplômé en 2015 ? Comment votre pratique a-t-elle évolué depuis ?

“J’ai rêvé du Fresnoy dès ma 2e ou 3e année aux beaux-arts. Pour moi c’était une école de cinéma hybride qu’il fallait que j’intègre à tout prix, et qui allait me permettre d’expérimenter des nouvelles choses incroyables. Et comme mon passage à la maternelle, à l’école primaire, au collège, au lycée, et ensuite aux beaux-arts, je dirais que le Fresnoy m’a apporté un environnement d’apprentissage qu’il faut aussi savoir apprendre à oublier maintenant pour ne pas baser sa pratique uniquement sur les attentes d’une époque scolaire avec son système de récompenses où j’avais des comptes à rendre en échange d’un diplôme. J’y ai bien-sûr appris un tas de choses et je mesure la chance que c’est d’avoir évolué dans cet ilot du grand nord avec tous ses moyens. Comme toutes les écoles d’art renommées, Le Fresnoy a aussi eu la chance de nous avoir comme élèves-artistes, et j’ai surtout eu la chance d’être dans une promotion où parmi mes camarades talentueux j’ai pu rencontrer des personnes généreuses et bienveillantes qui m’ont permis de traverser ces deux années de travail hyper intenses sans trop de dégâts et avec qui j’ai su garder des liens amicaux durables. Tout comme certaines personnes, artistes invités, techniciens ou autres, qui m’ont grandement apporté par leur rencontre.

Concrètement j’ai pu réaliser deux courts métrages avec des vraies équipes de tournage et de post-production pour la première fois, ce qui changeait de mes films bricolés des beaux-arts où je faisais presque tout tout seul. Et c’était une expérience absolument magique de découvrir cela à 25 ans. La deuxième année consacrée à une approche plus ‘technologique’ m’a permis de me faire violence et d’apprendre des nouveaux outils. Même si ce rapport fascinant à la technologie n’était pas nouveau pour moi (par exemple mon mémoire de 5e année aux beaux-arts était un essai sur comment les Hommes, par la singularité technologique, allaient pouvoir se transformer en dieux immortels en régnant sur des univers peuplés d’intelligences artificielles et ainsi faire de leur vie une expérience de cinéma total qu’il sera plaisant de contrôler et contempler pour assouvir cette pulsion créatrice propre aux humains), au Fresnoy j’ai pu embrasser différentes techniques et mettre les mains dedans en regardant des millions de tutoriels faits la plupart du temps par des ados de 15 ans sur des logiciels spécifiques. Mais finalement ce qui m’a le plus influencé ce sont les réseaux sociaux où j’ai pu plonger totalement et découvrir des personnes étranges complètement ravagées et des artistes du monde entier qui n’étaient pas seulement dans la contemplation d’une ‘nouvelle’ technologie en étant perpétuellement à la recherche de la dernière avancée pour pouvoir espérer rester pertinent tout en y incorporant des termes et concepts pompeux pour se légitimer, mais qui essayaient simplement de mettre ces ‘nouveaux’ outils au même niveau qu’un pinceau ou qu’une plume pour créer des nouvelles formes sans que cela ne fasse gadget bling-bling. Juste considérer la technologie comme un moyen de s’exprimer intimement aussi et non une fin en soi qui parlerait uniquement d’elle-même. C’est peut-être une des différences qui peut exister entre une certaine vision de l’art numérique et ce qu’on a désigné il y a quelques années avec le terme déjà désuet d’art post-internet. Mais que ce soit dans la mode du retour à la peinture de ces dernières années, ou alors l’art le plus conceptuel, on est forcément dans un rapport avec internet, puisque Internet fait partie de nous et vice-versa, qu’on le veuille ou non.

Pour en revenir à mon travail depuis ma sortie du Fresnoy, j’ai simplement continué mes expériences en essayant de ne pas me limiter à un seul médium. C’est comme cela que j’ai créé un jeu video, que j’ai fait plusieurs films, que j’ai commencé à travailler avec la réalité augmenté dès 2015, que je me suis mis à faire des aquarelles, des sculptures robotisées, à écrire de façon plus assidue, etc… J’ai l’impression que cela peut-être mal interprété d’un point de vu marketing dans l’art, mais j’ai besoin de toucher à tout et seul l’avancement de ma démarche compte, avec ou sans reconnaissance. Et si jamais j’avais accordé une importance démesurée à tout ce qui est bien vu, j’aurais aussi sans doute surfé à tout va sur le terme lugubre d”artiste émergent’ à l’intersection de l’art et de la technologie. Ce terme ‘émergent’ que l’on retrouve presque de partout, y compris dans des évènements auxquels j’ai participé, n’est finalement pour moi qu’un agisme déguisé afin que quelques collectionneurs aient plus de chances de faire une plus-value sur la future vente potentielle des oeuvres de leurs jeunes poulains. Ou alors il y a clairement un problème de compréhension entre le fait d’être jeune et celui d’avoir une lecture juste de l’époque contemporaine. Heureusement il m’arrive parfois de rêver d’appels à projets exclusivement dédiés aux artistes de plus de 70 ans, où il y aurait une appellation du style ‘artiste platinium’ ou ‘artiste survivor’. La simple vision de cette future éventualité me remplit de joie. Je dérive un peu du sujet mais j’avais envie d’écrire ces lignes. Et tant qu’on y est, pour finir avec les choses qui me passent par la tête en écrivant, j’ai aussi découvert cette peur de me faire instrumentaliser par des gens qui sont passés maitres dans l’art de la tokenisation d’artistes comme moi, tout en continuant à avoir une attitude paternaliste et méprisante à souhait. Je ne veux pas qu’on puisse me mettre là où il faudrait que je sois, là où on m’attend, dans un discours creux où le seul intérêt trouvé à mon travail aurait été lié à la couleur de ma peau, avec une pratique politico-poetico-new age verbeuse qui dénoncerait à tout va les injustices convenues du monde en jouant à l’apprenti sociologue pour divertir le petit monde bourgeois qui continuerait de toute façon à me voir comme un amuseur tout en pouvant se gargariser de la vertu ostentatoire que la présence de ma ‘diversité’ pourrait leur apporter. Ou alors il faudrait que j’y trouve un grand interêt financier car je nourris secrètement le projet d’un jour pouvoir m’offrir un yacht privé afin d’y faire des manipulations génétiques encore illégales sur mon corps pour pouvoir m’augmenter physiquement et mentalement.”

Question 3 – Les liens entre technologie et politique

Quel rapport entretenez-vous avec la politique et la technologie dans votre travail ?

“Quoi qu’il en soit, toute pratique est forcément politique, ma présence dans ce milieu l’est déjà, et cela ne consiste pas juste à afficher sa posture de justicier aux yeux du monde. Le simple fait que je choisisse de faire de l’art à la place d’autre chose est déjà politique. Là je fais un peu le malin avec mes envolées lyriques quand je pense à certaines pratiques, mais c’est vrai que pour relativiser je garde souvent cette analyse dans un coin de la tête quand je me retrouve dans certains lieux culturels clinquants où l’odeur subversive des petits fours aux graines de sésame bio grillées laissent trainer leur parfum sur les murs blancs et les sols bétonnés lustrés par les baskets d’un public cible très bien élevé où la vision d’un certain art absolument sérieux et/ou s’autoproclamant ‘engagé’ relègue forcément le reste au simple décor divertissant et puéril. Ce qui ne veut pas dire que je ne me prends pas la tête quand je crée, loin de là, souvent je fixe une feuille ou mon écran d’ordinateur et j’attends que mon cerveau saigne. Mais une fois passé ce moment douloureux, j’essaie de retrouver quelque chose de plus intuitif avec les outils que j’utilise. Quelque chose qui fait appel à des visions qui me dépassent et dépassent aussi toutes les considérations vis-à-vis de notre condition humaine et de notre pouvoir de fourmi géante sur la fascinante réaction chimique que nous sommes. Et je remercie le ciel d’avoir mis sur ma route des artistes, des oeuvres, des films, des livres, des commissaires, ou juste des personnes d’internet ou d’ailleurs, qui sont dans la même approche de l’art que moi, ou alors qui respectent ma vision des choses, et avec qui il a été possible d’établir de fortes connexions.

Comme beaucoup d’artistes, les technologies contemporaines me fascinent autant qu’elles m’effraient étant donné ce qu’il est maintenant possible de faire pour contrôler la population et sa pensée collective. Mais nous sommes déjà perpétuellement dans un épisode pessimiste de black mirror, en pire. Même si quelques fois des avancées ultra-bénéfiques pour le monde éclosent aussi en même temps. J’essaie de rester optimiste dans la mesure du possible quant à l’autodestruction des systèmes d’oppression liés au travail conjoint des états avec les grosses corporations technologiques, je crois qu’à partir d’un moment il sera possible pour un citoyen lambda de s’accaparer tous ces outils pour s’émanciper réellement et durablement (ce que l’on peut déjà voir avec les technologies blockchain par exemple, qui permettent dans certains pays d’Afrique ou d’autres régions du monde d’avoir un système bancaire décentralisé et donc plus juste étant donné qu’ils sont souvent exclus des systèmes bancaires mondiaux) et si jamais cela n’arrive jamais et finit en guerre civile mondialisée alors tant pis. J’imagine que les civilisations extra-terrestres se feront un plaisir de créer quelques memes sur la fin tragique de notre civilisation.

De toute évidence bien-sûr qu’il faut aussi être conscient de ce que cela veut dire politiquement d’avoir la chance de pouvoir créer et de faire de l’art aujourd’hui. Et encore plus lorsqu’il s’agit d’utiliser des technologies récentes qui découlent de nombreuses dépenses naturelles et sacrifices humains. Pourtant je crois à l’intelligence en tant que telle, dans sa valeur absolue, qu’elle soit organique ou “artificielle”. Je crois qu’une accélération des choses pourra conduire à un monde moins injuste, même s’il faudra passer par quelques moments assez ‘folkloriques’. Mais pour ce qui est de ma pratique, à ma petite échelle il est important de me réapproprier ces technologies qui sont de plus en plus opaques dans leur fonctionnement. C’est comme si la croyance en quelque chose de surnaturel s’était déplacée de la croyance en Dieu, à celle d’un miracle banal et quotidien qui peut tenir dans notre poche. Et cela ne veut pas dire que je vais utiliser ces outils toute ma vie dans mon art, mais il y aura forcément un rapport particulier avec eux, dans ce qu’ils déploient comme imaginaire magique et effrayant.

Il est malheureusement totalement injuste que des gamins travaillent pour que je puisse faire ce que je fais dans mon art avec mes outils électroniques. Que ce soit dans des mines de coltan ou autres. Et ce sont des questions que je me pose assez souvent, pourtant on retrouve ces mêmes injustices à tous les niveaux de la consommation grand public dans nos pays par rapports aux autres pays sur-exploités. En tant qu’artiste je n’ai pas le pouvoir de changer le monde à mon échelle, si ce n’est en essayant d’en inventer d’autres mais ce n’est pas ce qui va avoir une influence majeure sur le cosmos sauf dans le cas d’un effet papillon particulièrement exceptionnel, ne sait-on jamais. Mais je pense que nous ne pouvons pas simplement nous contenter d’être dans une posture moralisatrice confortable et binaire calquée sur l’actualité en essayant uniquement de désigner le bien et le mal dans nos sociétés ou plus facilement dans les sociétés lointaines où nous ne vivons pas, sinon autant faire journaliste et engager des personnes pour décorer nos discours. Je pense qu’il faut aller plus loin pour essayer de toucher réellement une sorte d’essence propre au mystère intersidéral de l’existence. Non pas qu’il faille absolument fuir le fait de donner son avis sur des questions politiques, il reste évidemment énormément de causes qui vaillent la peine de se battre. Mais pour moi il y a un équilibre à trouver, et le fait d’axer sa pratique uniquement sur un activisme de façade avec une paresse esthétique et conceptuelle éhontée me dérange et me parait être du pur charlatanisme. J’ai besoin de mettre de ma personne dans ce que je fais, que ce soit par des touches infimes ou des choses plus directes. Heureusement ce n’est pas la seule manière de voir les choses en art, et je ne prétends pas détenir la vérité absolue, mais c’est la mienne aujourd’hui. J’ai besoin de sentir quelque chose de sincère dans les oeuvres qu’il m’est donné à voir et c’est ce que je fais aussi. Et voilà donc comment ma pratique a évolué au fil de ces dernières années : j’ai essayé́ de prendre du recul sur les coutumes du milieu et ses codes aléatoires, dans ma pratique j’ai élaboré un vocabulaire plastique personnel qui me permet de naviguer sans aucune retenue parmi plusieurs formes, physiques ou virtuelles, sans m’imposer forcément une distinction entre les deux. Et je pense aussi que dans les années à venir, l’écriture d’histoires, de scénarios, prendra une place plus importante dans mon travail.

Question 4 – Votre projet de résidence

Vous êtes lauréat du programme “2-12” de la Cité internationale des arts, pouvez-vous nous dire quelques mots sur le projet que vous développez dans le cadre de votre résidence ?

“Dans le cadre de ma résidence je m’intéresse aux techniques de communications paranormales, aux langages oubliés, aux fantômes, aux ondes. Je suis originaire du Cap-Vert par mon père et de l’Italie par ma mère, pourtant je ne parle aucune de ces deux langues que sont l’italien et le créole du Cap-Vert. Je me demandais à quel point des langages gravés dans ma chair par mes ancêtres pouvaient apparaître dans des pareidolies auditives issus de dispositifs utilisés par les chasseurs de fantômes. Il existe des machines, appelées Spirit Box, qui permettent de ‘dialoguer’ avec des entités en interprétant les signaux radios. La question n’est pas forcément de savoir si je crois à ces dispositifs qui sont souvent très douteux, mais j’aime cette dévotion qui existe chez certaines personnes cherchant à tout prix une réponse tangible à leurs questions existentielles.

Dans la conception de cette pièce qui sera un monde virtuel accessible via une sculpture, je pose des questions à ma Spirit Box pour essayer de voir quels choix formels me sont proposés. Je fais aussi des recherches sur les hologrammes par réflexion (holographie analogique) ainsi que sur l’observation de mes ondes cérébrales par l’intermédiaire d’un dispositif d’encéphalographie. J’aimerais trouver un lien entre ces formes qui me permettrait de chasser plus précisément le trouble qui se niche derrière cette idée du paranormal. Donc ici il sera question d’ondes en tous genres qui me permettront d’avancer un peu plus dans la quête que notre chère simulation m’a confiée.”

BIOGRAPHIE

Né en France, originaire du Cap-Vert et d’Italie, l’artiste multidisciplinaire Raphaël Moreira Goncalves est à la recherche de chemins vers d’autres dimensions. Par le biais de sculptures en réalité augmentée, de vidéos et d’expériences de réalité virtuelle, de jeux vidéo et d’images de synthèse, il propose des créations qui font pont entre le réel et le fictif, tout en mettant l’emphase sur la dimension mystique du virtuel. Diplômé du Fresnoy et des Beaux-Arts de Lyon, ses œuvres ont été exposées à l’international, notamment à la galerie Thaddaeus Ropac Pantin de Paris, à la galerie ClearView de Londres et à la galerie Mohsen à Téhéran.

“Il y a quelque chose venant d’une autre galaxie dans la pratique de l’artiste multidisciplinaire Raphaël Moreira Gonçalves. Et ce n’est pas seulement dû à l’esthétique barrée de son travail, mais plutôt au jeu de juxtaposition entre les dimensions qui éventuellement, permettrait de communiquer avec les autres univers. Par le biais de sculptures en réalité augmentée, vidéos et expériences en réalité virtuelle, jeux vidéo et images de synthèse, il propose des créations qui font pont entre le réel et le fictif, tout en mettant l’emphase sur la dimension spirituelle et mystique du virtuel.

‘Pour moi le virtuel se rapproche d’un espace mental et énergétique qui peut se dévoiler dans le monde physique’. Une vision qui fait écho à la cosmologie branaire, une théorie selon laquelle toutes les strates dimensionnelles seraient si proches entre elles, qu’on ne serait pas capable de les différencier. Et cette proximité pourrait en partie être à la base de l’ambiguïté de notre relation au virtuel et dont le retour à l’équilibre se ferait uniquement lors du passage dans l’au-delà.

Bien évidemment ceci n’est que mythe et spéculation, mais cette légende cosmique 2.0 constitue l’un des ingrédients majeurs de la trame narrative qui rythme l’univers imaginé par Raphaël.”

 

– Benoit Palop, Point Contemporain, 2019

© Maurine Tric / Adagp Paris, 2022

Artiste en résidence

Lucie Postel

Année/s de résidence : 2022

Peinture

ENTRETIEN

Dans le cadre de votre résidence à la cité internationale des arts, en partenariat avec la Fondation Culture & Diversité, vous avez bénéficié d’un accompagnement à la création par un commissaire membre de C-E-A / Association française des commissaires d’exposition. De quelle façon cet accompagnement s’est-il déroulé ? 

“L’accompagnement par un commissaire d’exposition C-E-A s’est très bien déroulé, j’ai été accompagnée par Alexandra Goullier Lhomme (interview à découvrir ci-dessous) avec qui nous avons non seulement travaillé autour des questions de l’exposition de septembre, mais également sur des méthodologies. Nous avons fait un tour complet sur mon travail, mes dossiers, portfolio, CV et texte de présentation. Nos échanges autour de ma pratique artistique, m’ont permis de clarifier certains points, de prendre du recul sur d’autres. C’était une rencontre très importante dans mon parcours, et j’en suis vraiment ravie.

Au cours de ces derniers mois, grâce aux différents dispositifs d’accompagnement mis en place, avec la fondation C&D, C-E-A et la Cité internationale des arts, je me suis réellement professionnalisée, j’ai l’impression d’avoir acquis des outils, qui me serviront par la suite dans mes prochaines résidences et mes prochaines expositions.“

Avez-vous une anecdote ou un moment marquant de votre résidence à partager ? 

“Un des moments forts de cet accompagnement a été selon moi, le moment de l’ouverture de mon atelier, que nous avions intitulé « promenons-nous ». Ce fut un événement très intéressant, où j’ai pu partager le travail fourni durant ma résidence à la Cité internationale des arts. L’atelier ouvert a donné lieu à des échanges très enrichissants, avec Alexandra d’une part lors du montage de l’installation, mais également avec les visiteurs. C’était un moment important de la résidence, qui m’a permis d’avoir un aperçu de ce que pourra donner l’exposition de septembre.”

Vous inaugurerez une exposition à la Cité internationale des arts en septembre 2022 à l’occasion du festival des Traversées du Marais. Comment ce projet s’est-il développé dans le cadre de votre résidence ?

“Dans un premier temps, j’ai commencé par expérimenter pleins de choses, j’ai travaillé sur différents projets et techniques en même temps. J’ai par exemple travaillé sur plusieurs peintures sur bois représentant des saynètes peintes à l’huile, en tissant des liens narratifs entre chaque peinture pour créer une fiction. Je me suis également lancé dans la production de deux grands formats sur tissu libre, d’un parquet imprimé sur du papier kraft en linogravure et d’une vidéo d’animation.

Tous ces éléments ont été travaillés de façon simultanée. J’ai fait des allers-retours, en sautant de pratique en pratique et de projet en projet (ce qui fait partie intégrante de mon processus créatif et qui m’aide à créer un ensemble de pièces cohérentes).

Après cette phase d’expérimentation, nous avons beaucoup échangé avec Alexandra autour de mon travail, ce qui m’a aidé à affirmer certains choix. Nous avons ensuite, pour ma participation à la soirée Ateliers ouverts, travaillé l’installation des pièces dans l’espace, ce qui m’a permis de me projeter pour l’exposition de septembre et de faire le point sur les éléments à ajouter, et à améliorer.”

BIOGRAPHIE

Après une première année de classe préparatoire aux Ateliers d’arts plastiques d’Evry, Lucie Postel intègre l’École nationale supérieure d’art – Villa Arson, dont elle sort diplômée en 2020. Elle vit et travaille désormais en région parisienne depuis 2021.

Durant ses années d’étude, elle a eu l’occasion de développer un travail plastique composé de plusieurs techniques. La peinture (sur bois ou sur toile) est le cœur de sa pratique. Elle lui permet de dérouler une trame narrative inspirée de l’univers des contes. En résulte des séries de peintures surréalistes qui explorent divers questionnements autour de l’intime, de la maison comme refuge, mais aussi comme lieu troublant. À travers ses peintures, Lucie Postel crée des mondes où les intérieurs et les extérieurs se mélangent, et où le réel et l’imaginaire se confondent.

Son travail vidéo, ou images animées, lui permet quant à lui de mettre en mouvement ses saynètes figées. En effet, les peintures de Lucie Postel sont la matière première de ses vidéos, elle en extirpe des paysages et personnages qu’elle anime afin de développer la trame narrative des saynètes.

En parallèle, elle travaille également la linogravure qui lui permet de créer des motifs qu’elle peut ensuite imprimer en série pour en faire un papier peint, un sol ou une tenture dans le but de créer des installations immersives et de transformer les espaces d’exposition en espace de l’intime.

Entretien avec Alexandra Goullier Lhomme

Vous êtes membre de C-E-A / Association française des commissaires d’exposition, comment avez-vous été menée à accompagner Lucie Postel pendant sa résidence ? 

“Dans le cadre du partenariat entre la Cité internationale des arts et Fondation Culture & Diversité, C-E-A a lancé un appel à candidatures pour accompagner Lucie Postel pendant les quatre mois de sa résidence. J’ai donc tout simplement répondu à cet appel à candidature diffusé à travers la newsletter de C-E-A.

Cet appel me semblait très intéressant sur deux points. D’un point de vue méthodologique d’abord, C-E-A avait décidé de publier cet appel à candidatures tout en transparence. Le portfolio de l’artiste que l’on devait accompagner était joint à l’appel et permettait ainsi de comprendre rapidement à quel profil on aurait à faire. D’un point de vue plus global, cette mission m’intéressait car l’accompagnement des artistes émergeant est vraiment ce qui me nourrit dans mon métier.”

Par quoi cet accompagnement s’est-il traduit ?

“L’accompagnement s’est traduit par une série de rendez-vous avec l’artiste dans un rapport horizontal et sans jugement aucun. Chaque rendez-vous était l’occasion d’échanger avec Lucie Postel au sujet de son travail, de mettre en place des exercices plus concrets (réaliser un portfolio, un CV, un budget, une postulation, une visite d’atelier, etc.), de partager nos expériences et ressentis vis-à-vis du monde de l’art et surtout de prévoir ce qu’il serait éventuellement nécessaire d’aborder la fois suivante.

Je pense que cet accompagnement s’est beaucoup basé sur l’écoute des besoins formulés par l’artiste. L’attente principale de Lucie était de développer un discours plus construit sur son travail et au final c’est quelque chose qui est venue de manière très spontanée à force d’échange. En tournant autour d’exercices plus concrets et factuels, qui ne sont que trop rarement abordés dans les écoles d’art, cela a finalement permis à Lucie de prendre confiance en elle et de développer un vrai discours autour de son travail. Je vois cet accompagnement comme une béquille qui permet de consolider les endroits encore un peu trop fragiles, afin de se professionnaliser d’une part, mais surtout pour avoir la force de s’imposer dans un milieu pas toujours facile.”

Quels sont selon vous les avantages de ce dispositif d’accompagnement proposé dans de le cadre du programme de résidences “Cité internationale des arts x Fondation Culture & Diversité” ?

“Je pense que l’atout principal de cet accompagnement est le luxe de pouvoir prendre du temps. Le temps d’échanger, de se connaître mutuellement, le temps de douter, d’essayer et de rater, d’un côté comme de l’autre.

Dans le cadre de cet accompagnement, un accrochage devait voir le jour. Avec Lucie, nous avons décidé conjointement de voir cet événement comme un exercice où le cheminement, les réflexions, les tentatives étaient plus importantes que le résultat. Nous avons donc tenté des choses dans son atelier pendant plusieurs jours, et cet exercice nous a véritablement appris tant l’une sur l’autre que sur les différents modes d’accrochage possible dans le travail de Lucie Postel.

Je pense que cet accompagnement est avant tout un accompagnement humain et qu’il est important de noter que l’apprentissage se fait dans les deux sens.”

BIOGRAPHIE

Alexandra Goullier Lhomme est commissaire d’exposition indépendante. Ses recherches curatoriales portent sur la porosité des frontières, qu’elles soient d’ordre géographique, social, temporel ou langagier. Défaire toute notion de catégorie et questionner toute définition, sont les outils qui bordent sa pratique. Ces réflexions l’ont notamment amenée à s’intéresser particulièrement au médium de la performance dans sa capacité à naviguer entre les arts et à glisser entre les catégories – toujours en mouvement. Toute sa pratique est cependant ancrée dans un champ poétique et politique où la pluralité des visions, des voix et des médiums est centrale. 

Diplômée d’un master en Arts plastiques et Sciences de l’Art (Paris 1 – Panthéon-Sorbonne / New York University) et d’un master professionnel en commissariat d’exposition (Sorbonne – Paris 4), Alexandra Goullier Lhomme a travaillé comme commissaire d’exposition indépendante, assistante curatoriale, chargée de production et assistante d’artiste à New York, Londres et Paris. En tant qu’assistante curatoriale, elle a notamment travaillé pour le programme d’art contemporain du château de Versailles (2018-2019) et au Palais de Tokyo (2017 – 2018). Plus récemment (2021), elle fut chargée de recherches pour le laboratoire espace cerveau de l’IAC – Institut d’art contemporain de Villeurbanne/Rhône-Alpes. Parmi ses projets indépendants on compte notamment Nourrir le terreau, Villa Belleville (Paris, 2022) ; Date(s), une exposition postée (2021) ; Tongue on tongue, nos salives dans ton oreille, Galerie Allen, Cité Internationale des arts – Site de Montmartre, KADIST & espaces publics (Paris, 2019) ; Nos ombres devant nous, Fondation d’Entreprise Ricard (Paris, 2017).

Co-directrice de Liquid Ground // Swapping Tongues, une initiative curatoriale ayant pour ambition de promouvoir les arts éphémères et publier des écrits d’artistes, Alexandra Goullier Lhomme est également co-commissaire de la saison 2023-2024 de Orange Rouge et membre active de curatorial hotline (https://curatorialhotline.art/), un collectif qui propose des e-rendez-vous de conseils individualisés aux artistes dans un rapport horizontal et solidaire. De 2018 à 2020, elle fut co-directrice de prologue, un collectif curatorial soutenant les arts performatifs.

Maurine Tric

Artiste en résidence

Fabien Leaustic

Année/s de résidence : 2017, 2016

Installation

ENTRETIEN

Que vous a apporté la résidence à Montmartre, à la Cité internationale des arts ?

“Comme vous pourrez en juger à la vue de mes projets artistiques, mon travail plastique est majoritairement expérimental et correspond peu aux valeurs marchandes actuelles. Les installations que je développe mettent en jeu de la matière brute en mouvement. Cela pose donc des problèmes de conservation ce qui rend mes travaux difficilement accessibles pour les différentes collections. Les projets sur lesquels je travaille depuis le début de ma résidence à la Cité internationale des arts sont de ceux-ci.

Malgré ces difficultés apparentes, j’ai eu la chance d’être accompagné par la Cité internationale des arts qui m’a mis en relation avec des collaborateurs qui croient en la pertinence de mes recherches et qui me permettent de continuer de travailler au fur et à mesure des projets que je conçois. Grâce à la confiance qui m’a été accordée par la Cité internationale des arts, je peux développer mon travail et mes recherches en étant libéré d’une partie des contingences matérielles et financières liées à ma pratique professionnelle et jouir d’un espace d’expérimentation, mais aussi de vie.

Sans cette structure unique qu’est la Cité, il m’aurait été impossible de concrétiser le projet Geysa qui fut présenté pour NUIT BLANCHE-2018-Paris à la Cité des Sciences et de l’Industrie et je ne pourrais pas continuer de me concentrer sur mon prochain projet d’envergure qui sera présenté en octobre 2019 pour la Biennale Némo au CENTQUATRE – Paris (établissement artistique de la ville de Paris).

En complément de mon activité artistique, j’ai amorcé depuis plusieurs mois un projet de thèse au sein du programme SACRe (Science, Art, Création, Recherche) dont j’ai été lauréat et dont PSL (Université Paris, Science et Lettres) finance les recherches pour les trois années à venir.

Cette thèse est co-dirigée par le laboratoire de recherche de l’école des arts décoratifs de Paris (ENSAD Lab) et le centre des mathématiques appliquées (CMA) de la prestigieuse école des Mines Paris – Tech. Par ses recommandations répétées, la Cité internationale des arts a certainement joué un rôle clef dans le comité de sélection qui m’a octroyé cette bourse de recherche. Engagée, volontaire, créative : la merveilleuse équipe de la Cité qui accompagne les artistes dans ce programme de résidence en fait un atout pour chaque créateur qui passe par les murs de cette institution indispensable dans le paysage parisien.”

Quels retours sur les projets Nuit Blanche ?

Le projet Geysa qui fut réalisé pour Nuit Blanche a permis une diffusion de mon travail comme je n’en avais jamais connu avant. En une seule nuit ce sont plus de 20 000 visiteurs qui ont pu voir ce dispositif en action. Ce travail mené à bien montre au professionnels qui m’accompagnent ma capacité à mettre en oeuvre des projets d’envergures et de tailles monumentales, à gérer des équipes et une enveloppe budgétaire conséquente.

Grâce à la Cité internationale des arts, la confiance des professionnels et des investisseurs se trouve renouvelée. Cela marque une nouvelle étape dans mon parcours artistique et promet de nouvelles aventures riches en rencontres, en échanges et en diffusions de mes futurs travaux.

BIOGRAPHIE

Né à Besançon en 1985, Fabien Léaustic présente comme particularité d’être diplômé à la fois d’une école d’ingénieur et de l’école nationale supérieure des arts décoratifs de Paris. 

Soutenu par la DRAC Bourgogne Franche-Comté, Il expose son travail en France ou à l’étranger, dans des institutions (Palais de Tokyo, CENTQUATRE Paris, Centre des arts Enghien les Bains, Casa de Velazquez Madrid, FRAC Franche-Comté…) ou des structures indépendantes (Fondation Vasarely Aix-en-Provence, Espace Pierre-Cardin Paris…). Après deux années de résidence à la Cité internationale des arts, Fabien Léaustic poursuit ses recherches au sein du programme doctoral SACRe (Sciences, Art, Création, Recherche) financé par PSL (Paris Sciences Lettres). 

Artiste en résidence

Eva Djen

Année/s de résidence : 2022

Video

ENTRETIEN

Diplômée de ESAD Reims en 2021, quel rôle a joué votre résidence à la Cité internationale des arts à votre sortie de l’école ?

“Ma résidence à la Cité internationale des arts a joué un rôle important dans cette première année de sortie d’école à plusieurs niveaux. J’ai pu rencontrer un réseau d’artistes nationaux et internationaux, avec qui j’ai eu la chance d’échanger et de collaborer durant ma période de résidence, et potentiellement à l’avenir. La pluralité des nationalités et des pratiques des artistes en résidence constitue un contexte enrichissant et très propice à la création.

Étant originaire de Paris, j’ai pu également me reconnecter avec ma vie sociale parisienne et alimenter mon réseau professionnel en tant que jeune artiste. La mise à disposition d’un atelier-logement m’a permis de recevoir des visites d’atelier et de pouvoir partager mon travail avec des travailleu.r.se.s de l’art. La situation géographique de la Cité dans la ville, au centre de nombreuses institutions culturelles, m’a permis d’alimenter mes recherches et relancer ma production hors de l’école, dans un contexte favorable au développement de mon projet.“

Sur quels projets avez-vous travaillé dans le cadre de votre résidence ?

“Le projet que j’ai développé durant ma résidence constitue le second volet d’un travail vidéo que j’ai commencé au Mexique il y a 3 ans. Il s’agit d’entretiens avec des résident.e.s, mêlant narrations hybrides entre documentaire et fiction. La suite de la production fera l’objet d’une seconde résidence, à Paris ou ailleurs.

D’autre part, j’ai eu l’opportunité de montrer un travail de séries photographiques argentiques lors de mon open studio, simultanément à une projection de la vidéo que j’avais réalisée au Mexique. Durant cet évènement, et du fait de son format décomplexé, les échanges et les retours des nombreu.x.ses visiteur.se.s ont été très nourrissants et encourageants pour la poursuite de mon travail.

Me trouvant à Paris, j’ai pu assister mon amie, l’artiste Carla Adra, aussi ancienne résidente de la Cité internationale des arts, dans la production de son exposition Paroles chaudes à la Galerie de Noisy-Le-Sec. Ce fut une expérience enrichissante pour le développement de mon projet tant que pour son inscription dans mon parcours.”

Quels sont vos projets futurs ?

“À la rentrée de septembre 2022, j’entrerai en résidence à Design’R, dans la Pépinière d’art et de design de Reims. J’y développerai un travail de peinture, en atelier ainsi qu’en intervention dans l’espace urbain de la ville de Reims.

J’y résiderai en cohabitation avec d’autres jeunes artistes, anciens étudiants de l’ESAD de Reims, qui comme moi ont décidé de développer leur début d’activité à Reims. Durant cette année, je travaillerai parallèlement avec des enfants en tant qu’artiste intervenante en milieu scolaire, ce qui alimentera mes recherches dans l’image et le récit et ouvrira mon approche à d’autres points de vue.

D’autre part, j’aimerais continuer à développer des projets en résidence à l’étranger, pour rencontrer et continuer d’échanger avec des réseaux d’artistes à l’international.”

BIOGRAPHIE

Née à Paris en 1995, Eva Djen vit et travaille à Reims. Elle obtient son DNA Option Art en 2018 à l’ESAD de Reims, puis passe une année à travailler au Mexique et en France avec l’artist-run space Biquini Wax. Elle reçoit en 2021 les Félicitations du jury pour son DNSEP à l’ESAD de Reims.
Entre 2017 et 2022, elle est membre du collectif Jactatus, fondé à Reims puis basé à Paris. En 2022, après une résidence de quatre mois à la Cité internationale des arts, à Paris, elle devient résidente de Design’R, la Pépinière d’Art et de Design de Reims. Elle y développe des projets artistiques dans l’espace urbain, dans le cadre de la candidature de la ville au titre de Capitale européenne de la Culture en 2028.

Le travail d’Eva Djen explore la zone d’ambiguïté d’un monde où fiction et réalité se confondent. À travers une pratique plurielle de l’image, elle étudie les modes de construction des récits, les dynamiques de pouvoir qui s’en dégagent, et les différents langages qui peuvent en naître. Pour traiter de l’ambivalence du réel, l’artiste use de dispositifs hybrides qui distordent la perception et la représentation.

Maurine Tric

Événement

Émersions : Archive vivante est un projet au long cours qui révèle l’histoire unique de la Cité internationale des arts, lieu singulier de résidence et de création artistique. Il s’appuie sur l’activation des archives – anciennes et contemporaines – pour faire émerger une mémoire vivante, en constante évolution.
Site du Marais → Corridor

Artiste en résidence

Charles Brecard

Année/s de résidence : 2022

Chorégraphe

ENTRETIEN

Quels sont les avantages d’une résidence à la Cité internationale des arts en tant que danseur ?

En tant qu’artiste, il est primordial de s’accorder des temps d’introspection, de réflexion et de récupération dans un monde où tout va trop vite et où nous sommes soumis.e.s à une course effrénée à la production et à la performance. La Cité internationale des arts offre cet environnement où nous pouvons laisser germer ces petites graines de créativité sans la pression du “faire”, mais plus dans une optique “d’être” et de “ressentir”. Les ateliers sont assez spacieux pour pouvoir s’adonner à son travail à n’importe quelle heure, en danse c’est toujours compliqué d’avoir l’espace adéquat. Il y a aussi l’avantage de pouvoir rencontrer des artistes issu.e.s d’autres cultures, d’autres disciplines, d’autres idéaux et ainsi de pouvoir faire rencontrer des univers qui parfois se confrontent, mais bien souvent se confortent. Il y a comme un consensus sur les différents thèmes que nous abordons et sur lesquels je travaille.

Travailleur.euse.s en art, nous sommes vecteurs et antennes de ce qui se passe autour de nous, et voir que nous ne sommes pas seul.e.s fait un bien fou et stimule d’autant plus l’inspiration et la détermination que nous pouvons avoir. Au-delà de l’art, il y a la rencontre humaine, qu’elle soit auprès du public, des autres résident.e.s, de l’équipe de la Cité, ou des autres rencontres possibles hors de la résidence, ce qui nous porte, nous et notre pratique sur une douce vague, du moins pour ce précieux temps de suspens. Paris est une ville foisonnante, riche ethniquement et culturellement, si on prend garde à ne pas se faire submerger par la vague d’information, il est possible d’en retirer le meilleur et d’utiliser tout ce nouveau savoir au service de notre art.

Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez dans le cadre de votre résidence ?

À la base, je devais travailler sur un nouveau solo intitulé SOLILOQUY. Finalement la pandémie m’a conduit à le créer l’an dernier et à commencer à le tourner cette année. J’ai donc dédié un certain temps pour retravailler et réadapter cette pièce pour des dates à venir.

Outre cela, j’ai surtout travaillé sur trois axes. D’abord, sur une démarche plus technique et physique : le développement de ma méthodologie d’enseignement et de mon processus de création. Cela me permet de cerner les différentes étapes kinesthésiques du vocabulaire dansé sur lequel je travaille depuis cinq ans, une sorte de fusion de toutes les danses que j’ai pu expérimenter durant mon parcours, en plus d’éléments de chant ou de théâtre. Un jour peut-être, je travaillerai d’autres médiums via des collaborations : vidéo, arts plastiques, etc. Ensuite, j’ai mené un travail de recherche sur différents projets chorégraphiques, un court-métrage et deux nouveaux spectacles, sur lesquels je vais m’atteler à mon retour à Montréal.

Enfin, j’ai abordé une approche plus intellectuelle en voulant comprendre comment ma démarche artistique s’inscrit au sein de notre société, en la faisant dialoguer avec d’autres domaines comme l’écologie, la politique, la philosophie, les enjeux de décolonisation, la sociologie et l’anthropologie. En somme, voir les choses de manière systémique et pouvoir décider en toute connaissance de cause : Pourquoi fais-je cela ? Est-ce que cela renforce le système mortifère que je condamne ou est-ce que ça contribue à l’avènement d’autres imaginaires ? Quelle radicalité de discours faut-il trouver face à l’effritement, désormais visible, de notre monde ? Quel parcours dois-je tracer en tant qu’artiste émergent ? Il est très possible que je ne trouve jamais les réponses, mais tenter de les affronter donne en quelque sorte un à ma pratique.

 

Quels sont les bénéfices du programme de résidences développé par POEMART Nouvelle-Calédonie et la Cité internationale des arts ? Qu’est-ce qui vous a mené à y candidater ?

J’ai deux amis artistes du pays, Linda Kurtovitch et Sacha Terrat, qui ont déjà bénéficié de ce partenariat. Ils m’ont fortement recommandé de déposer ma candidature. Le POEMART, que je remercie encore pour sa confiance, m’a apporté un soutien financier pour la location des studios de répétitions et les frais d’hébergement ainsi que la mise en contact avec la Cité.

Je n’aurais peut-être jamais entamé les démarches pour obtenir une résidence à la Cité, tant elle semble grande et presque hors de portée au vu de ma brève expérience du métier. Ce programme m’a permis d’accéder à cette opportunité et m’a énormément fait mûrir en l’espace de deux mois. J’espère sincèrement que d’autres artistes pourront venir façonner leur expérience ici tout en s’enrichissant humainement, intellectuellement, culturellement et spirituellement

N’oublions pas que c’est surtout grâce à la culture qu’un pays rayonne et fait valoir sa force. Abstraction faite d’un désir de domination et de supériorité, il me semble qu’un pays est toujours fiers de ses artistes quand ils et elles réussissent, et ce parfois, sans son soutien initial.

Cette collaboration interinstitutionnelle m’a permis d’obtenir le soutien financier de la fondation LOGIQ et du Conseil des Arts du Canada, une confiance en emmène une autre. Un grand merci, c’est un immense privilège d’être à la Cité internationale des arts. C’est à travers l’art que nous résisterons et c’est à travers l’art que nous existons.

BIOGRAPHIE

Né en Kanaky en Nouvelle-Calédonie et vietnamien d’origine, Charles Brecard se forme à l’École de danse contemporaine de Montréal et vit à présent sur le territoire montréalais (Tio’tia:ke/Mooniyang). Il collabore avec de nombreuses compagnies, institutions et artistes de disciplines variées.

Sa curiosité l’a conduit à développer FLUIDIFY, une pratique influencée par les danses urbaines, traditionnelles et contemporaines et par son métier de massothérapeute sportif. Il l’a partage au sein de festivals, sous forme de médiation culturelle ou dans le cadre de cursus pédagogiques. Ses chorégraphies, empreintes d’une grande physicalité, de poésie et d’activisme, l’amènent à se déployer localement et internationalement via des commandes ou des projets indépendants.

Son solo SOLILOQUY reçoit notamment le prix de la Meilleure Interprétation en 2021. Il est co-initieur du “Bercail”, lieu nomade de pratique, de partage et de recherche.

Sa résidence à la Cité internationale des arts, soutenue par le POEMART de Nouvelle-Calédonie et le Conseil des Arts du Canada, a pour objectif d’étoffer sa démarche artistique.

Chercheur passionné, il vise à approcher sa pratique de manière systémique en établissant des liens entre des domaines aussi variés que le théâtre, la sociologie, la philosophie, la géopolitique et l’écologie, afin de comprendre comment s’inscrire dans un système qui s’effrite en tant qu’artiste émergent. Il souhaite ainsi inciter à une révolution politique, poétique et spirituelle des corps et des esprits.

Site de l'artiste