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10 résultats pour “equipe”

Artiste en résidence

Charles Prime

Année/s de résidence : 2018

Peinture

ENTRETIEN

Quels sont les bénéfices d’une résidence à Montmartre, à la Cité internationale des arts ?

 

“Le bénéfice principal de ma résidence ici pendant 8 mois a été de pouvoir profiter du bain culturel parisien, la possibilité de voir quantité de collections, d’expositions ainsi que, étant assez cinéphile, nombre de films, vieux et récents.

L’île de la Réunion est en soit un environnement culturel très riche et stimulant, mais pas tellement pour les arts visuels et le cinéma – il faut dire ce qui est. Or leur contact m’est indispensable. A chaque nouvelle visite un nouveau questionnement, une nouvelle inspiration. 

Par ailleurs le cadre de travail est idéal, tant au niveau de l’atelier dont j’ai profité, de son emplacement et de sa tranquillité, que de l’équipe de la Cité que l’on sent très à écoute et toujours prête à soutenir les projets, voire à en prendre l’initiative.

Il faut aussi dire que le simple fait de résider ici augmente mécaniquement votre visibilité. Du fait déjà du soutien et de la communication de l’équipe de la Cité, mais aussi des contacts avec les autres artistes venant… de partout !”

Quels sont vos projets en cours ?

“Grâce justement à ces contacts, j’ai pu faire une première exposition en galerie à Paris cet hiver.

Une de mes toiles a également été montrée dans le hall d’accueil de la Cité internationale des arts au même moment. 

Le prochain projet est une exposition solo à la Cité Des Arts de la Réunion. C’est un projet important pour moi. Tant du point de vue du volume (il y a 240m2 à orchestrer !) que sur le plan affectif.

Les œuvres sont en ce moment même sur un cargo en direction de la Réunion, à mon retour en mai je les réceptionne, effectue quelques finitions et démarre le travail de scénographie en collaboration avec l’institution.”

BIOGRAPHIE

Depuis plusieurs années Charles Prime poursuit un travail pictural et une réflexion sur la peinture de paysage, sa tradition et son actualité. D’abord assez fidèle aux maîtres anciens qui ont formé son œil, le 17ème siècle français et hollandais, le romantisme allemand et anglais, il a progressivement intégré des éléments plus personnels et actuels à ses compositions. Tout en continuant de représenter des sites naturels, il concentre désormais son attention sur l’interaction de personnages avec le paysage. A l’aide d’éléments photographiques disparates (sites naturels, personnages contemporains, objets, végétation, panneaux…) il recompose des scènes touristiques, de voyage, de randonnée, de camping, d’exploration.

A travers ses compositions, Charles Prime met évidence le contraste entre l’immuabilité des paysages, et l’actualité d’une activité humaine quelconque. Le sublime des lieux est très souvent court-circuité ou accentué par la légèreté, l’absurdité ou l’intimité d’une scène humaine de notre temps.

Ses compositions révèlent un « avant », un « après » ou un « pendant », elles amorcent une narration, et elles datent le paysage. Le paysage est à la fois peint pour lui-même mais sert aussi de décor pour une scène, comme au cinéma.

Ses sources sont multiples et hétérogènes ; Caspar David Friedrich, Akira Kurosawa, à Andreï Zvyaginstev, Sylvain Tesson, David Hockney mais aussi Jared Diamond. Le point commun, entre tous ces auteurs : une passion profonde pour l’adaptation de l’homme à la nature, qui habite l’artiste.

Site de l'artiste

Charles Prime|_@_|Charles Prime

Artiste en résidence

Anahita Hekmat

Année/s de résidence : 2015

Video

ENTRETIEN

Vous avez pu bénéficier de notre programme de résidences croisées avec la Villa Bloch de Poitiers, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
 

“Durant mon temps de résidence à la Cité internationale des arts, j’ai pu travailler en collaboration avec d’autres artistes et musiciens résidents pour développer de nouveaux axes de travail. Poursuivre cette étape avec la résidence à la Villa Bloch était la suite parfaite.

J’avais besoin d’un temps de réflexion et de concentration pour avancer sur mon travail de récolte de témoignages et d’écriture. Proche de la nature et entourée d’artistes intéressants et d’une équipe bienveillante, j’ai eu cette possibilité de calme et la présence nécessaire pour accueillir ces histoires pas toujours facile à entendre. À la Villa Bloch, la juxtaposition de cette sérénité environnante et l’histoire particulière du lieu, occupé pendant la guerre, résonne parfaitement avec mes préoccupations actuelles.”

Qu’est-ce que ça fait/apporte d’être à la Cité ?
 

“Depuis presque dix ans, je vis en mobilité permanente entre différentes villes à travers le monde. Paris reste pour moi un lieu de référence où je reviens toujours. Mes résidence à la Cité internationale des arts m’ont permis de créer une cohérence et une continuité dans mon parcours. J’ai pu concrétiser mes projets et les faire évoluer dans le temps. Ce temps de recherche, de partage et de questionnement – qui est très important dans la création artistique – est parfois négligé et dévalorisé, surtout dans le contexte des résidences où on attend des résultats immédiats.

La Cité internationale des arts est un vrai lieu d’effervescence et de rencontre. Une belle communauté d’artistes venants de tous horizons est tissée au fils des années autours de ce lieu. Durant mes résidences à la Cité internationale des arts, j’ai pu créer des dialogues en continu avec des pairs, me permettant d’enrichir mon travail et de démarrer plusieurs projets de collaborations. Je suis accompagnée par l’équipe compétente de la Cité qui s’intéresse à l’évolution de mon travail et le suivent avec intérêt en me proposant, à travers leurs réseau grandissant, de nouveaux contextes pour la création et la diffusion de mon travail.”

BIOGRAPHIE

Anahita Hekmat explore la relation entre le site et la mémoire. Elle expérimente des dispositifs de captation et de diffusion et essaie divers processus de collaboration. Elle s’interroge sur la place du spectateur et la contextualisation des images produites. Anahita Hekmat travaille avec les nouvelles technologies et en particulier l’image en mouvement et le son. Elle utilise les médias temporels pour interroger le contexte spatial et géographique et son impact sur la perception.

Ces projets actuels retracent l’imaginaire de la guerre et les souvenirs d’enfance, ainsi que le paysage mnémonique post-cataclysmique. Pour chaque projet, elle redécouvre des strates de vécu spécifiques à chaque lieu en relation avec les facteurs politiques, historiques et sociaux et comme un moyen de transmission de la pensée esthétique. 

Elle collabore fréquemment avec des compagnies des arts vivants, des anthropologues, des ingénieurs et le public participant, sur des projets in-situ durant des résidences d’artistes. Son travail a été montré notamment au MAMC de Strasbourg, au Centquatre à Paris, au Musée Casa Blanca à San Juan, au Forum des Artistes et Pejman Foundation à Téhéran, à l’ISCP à New York, SOMARTS et Minnesota street Projects à San Francisco, UCLA, UCSB et dans des festivals de films tels que Rotterdam, Vidéoformes, Oslo, Athene et Beijing Independent.

Site de l'artiste

Maurine Tric|_@_|Maurine Tric

Artiste en résidence

Richianny Ratovo

Année/s de résidence : 2021

Peinture

ENTRETIEN

Vous avez pu bénéficier de notre programme de résidences créé en collaboration avec la Fondation H, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

La Parenthèse, manomboka eto ny fahasambarana (ici commence le bonheur).

C’est un rêve qui se concrétise grâce au dynamisme de l’équipe de la fondation H et l’accueil chaleureux de la Cité internationale des arts.  

C’est la première fois que je sors de Madagascar, grand chamboulement quand on se réveille le lendemain en plein cœur de Paris. L’architecture, les musées, les événements culturels, le métro, les gens… tout m’impressionne. La magie de cette incroyable expérience dépasse toutes mes attentes. Voyager grâce à l’art, avec l’art, pour l’art est pour moi une bénédiction.

Le principe de la résidence à la Cité permet de faire des rencontres aussi inattendues qu’exceptionnelles avec des artistes de partout dans le monde, toutes disciplines confondues.

C’est un mode de soutien privilégié pour la production artistique dans toute sa diversité, comme pour la professionnalisation des artistes. Le cadre de travail original offert permet, grâce au temps ainsi libéré et aux espaces et outils mis à disposition, un renouvellement des formes de création, de production comme de transmission. Sans parler de l’équipe, attentionnée et très à l’écoute, qui cherche à mettre à son aise chaque résident.

Je suis en plein développement de mon projet La parenthèse, ici commence le bonheur, une ode à la sensibilité, à l’amour et à la résilience. L’impact de ces deux premières semaines de résidence se reflète déjà sur mes créations actuelles : nouvelles couleurs ou techniques ou nouveaux médium.

Cette bouffée d’énergie se présente comme un élan, une occasion unique pour moi de m’épanouir au niveau personnel mais aussi / surtout dans la construction d’une carrière professionnelle.

Une anecdote sur votre résidence à la Cité internationale des arts ?

De nature un peu timide, j’avais peur de me présenter au petit-déjeuner de bienvenue organisé pour les nouveaux résidents – au point de ne pas trouver sommeil la veille. La peur de l’inconnu, de la barrière des langues, d’aller vers les gens, de ne pas être à la hauteur. A la hauteur de quoi ? Je ne sais pas.

La glace s’est brisée dès que j’ai passé la porte du Café des arts où se tenait le rendez-vous.

Je me souviens encore de la chaleur du lieu. Il n’y pas besoin de mots pour comprendre pourquoi nous étions tous là. On pouvait ressentir à travers les regards et les sourires la sincérité du partage, tous ces artistes venant de divers horizons rassemblés avec la même passion pour l’art, ayant des rêves et des ambitions.

Le contact s’est fait naturellement. Je me suis rendue compte à quel point je me mettais la pression sur tout ce que je devais accomplir ici. Aucune obligation de résultat, tout l’intérêt d’une résidence réside dans le processur, la recherche et l’épanouissement de soi.

C’est une aventure qui commence et on se laisse éblouir par la magie d’aujourd’hui et la surprise de demain.

BIOGRAPHIE

Richianny Ratovo est une artiste visuelle originaire de Madagascar. Fascinée par l’histoire de chacune de ses rencontres, elle cherche à matérialiser l’essence propre de chaque sujet en conjuguant vision personnelle et recherches issues de la création contemporaine. Par ce moyen de communication, elle développe un langage poétique peuplé d’images, reflet d’une scène de vie réelle ou imaginaire.

Elle s’exprime principalement par la peinture, le dessin et la pyrogravure, mais également par la photographie et la poésie.

Maurine Tric|_@_|Maurine Tric

Artiste en résidence

Fabien Leaustic

Année/s de résidence : 2017, 2016

Installation

ENTRETIEN

Que vous a apporté la résidence à Montmartre, à la Cité internationale des arts ?

“Comme vous pourrez en juger à la vue de mes projets artistiques, mon travail plastique est majoritairement expérimental et correspond peu aux valeurs marchandes actuelles. Les installations que je développe mettent en jeu de la matière brute en mouvement. Cela pose donc des problèmes de conservation ce qui rend mes travaux difficilement accessibles pour les différentes collections. Les projets sur lesquels je travaille depuis le début de ma résidence à la Cité internationale des arts sont de ceux-ci.

Malgré ces difficultés apparentes, j’ai eu la chance d’être accompagné par la Cité internationale des arts qui m’a mis en relation avec des collaborateurs qui croient en la pertinence de mes recherches et qui me permettent de continuer de travailler au fur et à mesure des projets que je conçois. Grâce à la confiance qui m’a été accordée par la Cité internationale des arts, je peux développer mon travail et mes recherches en étant libéré d’une partie des contingences matérielles et financières liées à ma pratique professionnelle et jouir d’un espace d’expérimentation, mais aussi de vie.

Sans cette structure unique qu’est la Cité, il m’aurait été impossible de concrétiser le projet Geysa qui fut présenté pour NUIT BLANCHE-2018-Paris à la Cité des Sciences et de l’Industrie et je ne pourrais pas continuer de me concentrer sur mon prochain projet d’envergure qui sera présenté en octobre 2019 pour la Biennale Némo au CENTQUATRE – Paris (établissement artistique de la ville de Paris).

En complément de mon activité artistique, j’ai amorcé depuis plusieurs mois un projet de thèse au sein du programme SACRe (Science, Art, Création, Recherche) dont j’ai été lauréat et dont PSL (Université Paris, Science et Lettres) finance les recherches pour les trois années à venir.

Cette thèse est co-dirigée par le laboratoire de recherche de l’école des arts décoratifs de Paris (ENSAD Lab) et le centre des mathématiques appliquées (CMA) de la prestigieuse école des Mines Paris – Tech. Par ses recommandations répétées, la Cité internationale des arts a certainement joué un rôle clef dans le comité de sélection qui m’a octroyé cette bourse de recherche. Engagée, volontaire, créative : la merveilleuse équipe de la Cité qui accompagne les artistes dans ce programme de résidence en fait un atout pour chaque créateur qui passe par les murs de cette institution indispensable dans le paysage parisien.”

Quels retours sur les projets Nuit Blanche ?

Le projet Geysa qui fut réalisé pour Nuit Blanche a permis une diffusion de mon travail comme je n’en avais jamais connu avant. En une seule nuit ce sont plus de 20 000 visiteurs qui ont pu voir ce dispositif en action. Ce travail mené à bien montre au professionnels qui m’accompagnent ma capacité à mettre en oeuvre des projets d’envergures et de tailles monumentales, à gérer des équipes et une enveloppe budgétaire conséquente.

Grâce à la Cité internationale des arts, la confiance des professionnels et des investisseurs se trouve renouvelée. Cela marque une nouvelle étape dans mon parcours artistique et promet de nouvelles aventures riches en rencontres, en échanges et en diffusions de mes futurs travaux.

BIOGRAPHIE

Né à Besançon en 1985, Fabien Léaustic présente comme particularité d’être diplômé à la fois d’une école d’ingénieur et de l’école nationale supérieure des arts décoratifs de Paris. 

Soutenu par la DRAC Bourgogne Franche-Comté, Il expose son travail en France ou à l’étranger, dans des institutions (Palais de Tokyo, CENTQUATRE Paris, Centre des arts Enghien les Bains, Casa de Velazquez Madrid, FRAC Franche-Comté…) ou des structures indépendantes (Fondation Vasarely Aix-en-Provence, Espace Pierre-Cardin Paris…). Après deux années de résidence à la Cité internationale des arts, Fabien Léaustic poursuit ses recherches au sein du programme doctoral SACRe (Sciences, Art, Création, Recherche) financé par PSL (Paris Sciences Lettres). 

Artiste en résidence

Raphaël Moreira Gonçalves

Année/s de résidence : 2018

Installation

ENTRETIEN


Question 1 – Votre pratique

Vous êtes un artiste pluridisciplinaire, qu’est-ce qui vous a mené à toucher à des médiums d’expressions variés comme la sculpture, la vidéo ou la réalité augmentée ?

“Je ne pense pas forcément en termes de médiums mais plutôt en termes d’idées et d’envies. Dans un monde idéal avec des moyens illimités et une configuration neuronale qui me permettrait d’être ultra-lucide tout en ayant plusieurs personnalités et en ayant vécu 1000 vies, j’essaierai simplement de faire un film par jour. Le cinéma est l’un des endroits où j’ai vécu les expériences de vie les plus intenses. Et raconter des histoires est ce qui me plait le plus. Sachant que chaque choix que l’on ne fait pas existe forcément dans une réalité alternative, le fait d’inventer des histoires et des mondes me donne le pouvoir de communiquer avec un réel qui n’existe qu’ailleurs. Savoir qu’il suffit seulement de quelques réactions électro-chimiques pour que les pensées de mon cerveau s’organisent et aboutissent à un dialogue avec un univers alternatif existant m’apporte une ivresse indescriptible.

Mais au final, si l’on pouvait résumer ma pratique cela graviterait essentiellement autour de la sculpture. Que ce soit la sculpture d’une forme physique ou virtuelle, ou que ce soit la sculpture du temps à travers mes films, ma musique ou même dans mes peintures où il s’agit finalement de rajouter des pleins et des vides, de voir quelles lignes, quelles couleurs et textures peuvent influencer et guider le regard. Je ne fais qu’enlever ou rajouter de la matière quelque part pour voir si l’équilibre tient. Et c’est cette recherche globale qui m’anime. Il y a un temps long nécessaire propre à l’élaboration d’une histoire racontée sur une durée précise. J’aime ce temps, le fait de planter une graine et d’attendre de voir quelles arborescences vont ensuite se developper, quelles solutions je vais devoir trouver pour raconter ce que je veux avec une approche scenaristique classique ou pas du tout. Pourtant j’ai aussi besoin d’une pratique plus pulsionnelle qui me permet de tester des formes et des idées plus rapidement. Et ce qui peut se dégager de toutes ces expérimentations c’est mon rapport au virtuel. J’ai toujours eu un rapport particulier à l'”ailleurs”, à ces outre-mondes presque insaisissables. Même enfant j’ai eu une période où j’ai voulu être prêtre, juste avant de vouloir finalement être inventeur d’avions et de vaisseaux spatiaux. Donc cette volonté de vouloir explorer les autres mondes à côté du notre vient de loin. Je me rappelle qu’à l’école primaire j’avais inventé l’histoire d’une personne qui se réveillait sur une autre planète où il était prince, et que sa famille royale attendait son réveil depuis plusieurs années car il était dans le coma. Malheureusement le choc fut si grand qu’il retomba dans le coma pour replonger malgré lui dans notre réalité où il n’était qu’une personne lambda sur notre bonne vieille terre. Je n’avais pas encore vu Matrix, et d’ailleurs il faudrait que mes avocats pensent à enquêter sur ce possible plagiat.

Mais bref, oui ce rapport au virtuel, aux fantômes, aux réalité alternatives a toujours été là et j’essaie d’y mélanger quelques éléments de mon histoire personnelle, de mes rêves, tout en choisissant à l’envi le médium le plus adapté pour traduire mes visions. Car finalement le trouble contemporain sur la question de ce qui est réel et de ce qui ne l’est pas reste assez banal en soi pour axer sa démarche uniquement sur ce thème, sur la question de l’artificiel etc… Tous ces médiums que j’utilise me servent à raconter les histoires que je souhaite voir et entendre, me servent à interagir avec ce que je crois profondément être une sorte d’histoire totale chaotique et inter-dimensionnelle !”

Question 2 – Votre passage au Fresnoy

Que vous a apporté votre passage au Fresnoy, dont vous êtes sorti diplômé en 2015 ? Comment votre pratique a-t-elle évolué depuis ?

“J’ai rêvé du Fresnoy dès ma 2e ou 3e année aux beaux-arts. Pour moi c’était une école de cinéma hybride qu’il fallait que j’intègre à tout prix, et qui allait me permettre d’expérimenter des nouvelles choses incroyables. Et comme mon passage à la maternelle, à l’école primaire, au collège, au lycée, et ensuite aux beaux-arts, je dirais que le Fresnoy m’a apporté un environnement d’apprentissage qu’il faut aussi savoir apprendre à oublier maintenant pour ne pas baser sa pratique uniquement sur les attentes d’une époque scolaire avec son système de récompenses où j’avais des comptes à rendre en échange d’un diplôme. J’y ai bien-sûr appris un tas de choses et je mesure la chance que c’est d’avoir évolué dans cet ilot du grand nord avec tous ses moyens. Comme toutes les écoles d’art renommées, Le Fresnoy a aussi eu la chance de nous avoir comme élèves-artistes, et j’ai surtout eu la chance d’être dans une promotion où parmi mes camarades talentueux j’ai pu rencontrer des personnes généreuses et bienveillantes qui m’ont permis de traverser ces deux années de travail hyper intenses sans trop de dégâts et avec qui j’ai su garder des liens amicaux durables. Tout comme certaines personnes, artistes invités, techniciens ou autres, qui m’ont grandement apporté par leur rencontre.

Concrètement j’ai pu réaliser deux courts métrages avec des vraies équipes de tournage et de post-production pour la première fois, ce qui changeait de mes films bricolés des beaux-arts où je faisais presque tout tout seul. Et c’était une expérience absolument magique de découvrir cela à 25 ans. La deuxième année consacrée à une approche plus ‘technologique’ m’a permis de me faire violence et d’apprendre des nouveaux outils. Même si ce rapport fascinant à la technologie n’était pas nouveau pour moi (par exemple mon mémoire de 5e année aux beaux-arts était un essai sur comment les Hommes, par la singularité technologique, allaient pouvoir se transformer en dieux immortels en régnant sur des univers peuplés d’intelligences artificielles et ainsi faire de leur vie une expérience de cinéma total qu’il sera plaisant de contrôler et contempler pour assouvir cette pulsion créatrice propre aux humains), au Fresnoy j’ai pu embrasser différentes techniques et mettre les mains dedans en regardant des millions de tutoriels faits la plupart du temps par des ados de 15 ans sur des logiciels spécifiques. Mais finalement ce qui m’a le plus influencé ce sont les réseaux sociaux où j’ai pu plonger totalement et découvrir des personnes étranges complètement ravagées et des artistes du monde entier qui n’étaient pas seulement dans la contemplation d’une ‘nouvelle’ technologie en étant perpétuellement à la recherche de la dernière avancée pour pouvoir espérer rester pertinent tout en y incorporant des termes et concepts pompeux pour se légitimer, mais qui essayaient simplement de mettre ces ‘nouveaux’ outils au même niveau qu’un pinceau ou qu’une plume pour créer des nouvelles formes sans que cela ne fasse gadget bling-bling. Juste considérer la technologie comme un moyen de s’exprimer intimement aussi et non une fin en soi qui parlerait uniquement d’elle-même. C’est peut-être une des différences qui peut exister entre une certaine vision de l’art numérique et ce qu’on a désigné il y a quelques années avec le terme déjà désuet d’art post-internet. Mais que ce soit dans la mode du retour à la peinture de ces dernières années, ou alors l’art le plus conceptuel, on est forcément dans un rapport avec internet, puisque Internet fait partie de nous et vice-versa, qu’on le veuille ou non.

Pour en revenir à mon travail depuis ma sortie du Fresnoy, j’ai simplement continué mes expériences en essayant de ne pas me limiter à un seul médium. C’est comme cela que j’ai créé un jeu video, que j’ai fait plusieurs films, que j’ai commencé à travailler avec la réalité augmenté dès 2015, que je me suis mis à faire des aquarelles, des sculptures robotisées, à écrire de façon plus assidue, etc… J’ai l’impression que cela peut-être mal interprété d’un point de vu marketing dans l’art, mais j’ai besoin de toucher à tout et seul l’avancement de ma démarche compte, avec ou sans reconnaissance. Et si jamais j’avais accordé une importance démesurée à tout ce qui est bien vu, j’aurais aussi sans doute surfé à tout va sur le terme lugubre d”artiste émergent’ à l’intersection de l’art et de la technologie. Ce terme ‘émergent’ que l’on retrouve presque de partout, y compris dans des évènements auxquels j’ai participé, n’est finalement pour moi qu’un agisme déguisé afin que quelques collectionneurs aient plus de chances de faire une plus-value sur la future vente potentielle des oeuvres de leurs jeunes poulains. Ou alors il y a clairement un problème de compréhension entre le fait d’être jeune et celui d’avoir une lecture juste de l’époque contemporaine. Heureusement il m’arrive parfois de rêver d’appels à projets exclusivement dédiés aux artistes de plus de 70 ans, où il y aurait une appellation du style ‘artiste platinium’ ou ‘artiste survivor’. La simple vision de cette future éventualité me remplit de joie. Je dérive un peu du sujet mais j’avais envie d’écrire ces lignes. Et tant qu’on y est, pour finir avec les choses qui me passent par la tête en écrivant, j’ai aussi découvert cette peur de me faire instrumentaliser par des gens qui sont passés maitres dans l’art de la tokenisation d’artistes comme moi, tout en continuant à avoir une attitude paternaliste et méprisante à souhait. Je ne veux pas qu’on puisse me mettre là où il faudrait que je sois, là où on m’attend, dans un discours creux où le seul intérêt trouvé à mon travail aurait été lié à la couleur de ma peau, avec une pratique politico-poetico-new age verbeuse qui dénoncerait à tout va les injustices convenues du monde en jouant à l’apprenti sociologue pour divertir le petit monde bourgeois qui continuerait de toute façon à me voir comme un amuseur tout en pouvant se gargariser de la vertu ostentatoire que la présence de ma ‘diversité’ pourrait leur apporter. Ou alors il faudrait que j’y trouve un grand interêt financier car je nourris secrètement le projet d’un jour pouvoir m’offrir un yacht privé afin d’y faire des manipulations génétiques encore illégales sur mon corps pour pouvoir m’augmenter physiquement et mentalement.”

Question 3 – Les liens entre technologie et politique

Quel rapport entretenez-vous avec la politique et la technologie dans votre travail ?

“Quoi qu’il en soit, toute pratique est forcément politique, ma présence dans ce milieu l’est déjà, et cela ne consiste pas juste à afficher sa posture de justicier aux yeux du monde. Le simple fait que je choisisse de faire de l’art à la place d’autre chose est déjà politique. Là je fais un peu le malin avec mes envolées lyriques quand je pense à certaines pratiques, mais c’est vrai que pour relativiser je garde souvent cette analyse dans un coin de la tête quand je me retrouve dans certains lieux culturels clinquants où l’odeur subversive des petits fours aux graines de sésame bio grillées laissent trainer leur parfum sur les murs blancs et les sols bétonnés lustrés par les baskets d’un public cible très bien élevé où la vision d’un certain art absolument sérieux et/ou s’autoproclamant ‘engagé’ relègue forcément le reste au simple décor divertissant et puéril. Ce qui ne veut pas dire que je ne me prends pas la tête quand je crée, loin de là, souvent je fixe une feuille ou mon écran d’ordinateur et j’attends que mon cerveau saigne. Mais une fois passé ce moment douloureux, j’essaie de retrouver quelque chose de plus intuitif avec les outils que j’utilise. Quelque chose qui fait appel à des visions qui me dépassent et dépassent aussi toutes les considérations vis-à-vis de notre condition humaine et de notre pouvoir de fourmi géante sur la fascinante réaction chimique que nous sommes. Et je remercie le ciel d’avoir mis sur ma route des artistes, des oeuvres, des films, des livres, des commissaires, ou juste des personnes d’internet ou d’ailleurs, qui sont dans la même approche de l’art que moi, ou alors qui respectent ma vision des choses, et avec qui il a été possible d’établir de fortes connexions.

Comme beaucoup d’artistes, les technologies contemporaines me fascinent autant qu’elles m’effraient étant donné ce qu’il est maintenant possible de faire pour contrôler la population et sa pensée collective. Mais nous sommes déjà perpétuellement dans un épisode pessimiste de black mirror, en pire. Même si quelques fois des avancées ultra-bénéfiques pour le monde éclosent aussi en même temps. J’essaie de rester optimiste dans la mesure du possible quant à l’autodestruction des systèmes d’oppression liés au travail conjoint des états avec les grosses corporations technologiques, je crois qu’à partir d’un moment il sera possible pour un citoyen lambda de s’accaparer tous ces outils pour s’émanciper réellement et durablement (ce que l’on peut déjà voir avec les technologies blockchain par exemple, qui permettent dans certains pays d’Afrique ou d’autres régions du monde d’avoir un système bancaire décentralisé et donc plus juste étant donné qu’ils sont souvent exclus des systèmes bancaires mondiaux) et si jamais cela n’arrive jamais et finit en guerre civile mondialisée alors tant pis. J’imagine que les civilisations extra-terrestres se feront un plaisir de créer quelques memes sur la fin tragique de notre civilisation.

De toute évidence bien-sûr qu’il faut aussi être conscient de ce que cela veut dire politiquement d’avoir la chance de pouvoir créer et de faire de l’art aujourd’hui. Et encore plus lorsqu’il s’agit d’utiliser des technologies récentes qui découlent de nombreuses dépenses naturelles et sacrifices humains. Pourtant je crois à l’intelligence en tant que telle, dans sa valeur absolue, qu’elle soit organique ou “artificielle”. Je crois qu’une accélération des choses pourra conduire à un monde moins injuste, même s’il faudra passer par quelques moments assez ‘folkloriques’. Mais pour ce qui est de ma pratique, à ma petite échelle il est important de me réapproprier ces technologies qui sont de plus en plus opaques dans leur fonctionnement. C’est comme si la croyance en quelque chose de surnaturel s’était déplacée de la croyance en Dieu, à celle d’un miracle banal et quotidien qui peut tenir dans notre poche. Et cela ne veut pas dire que je vais utiliser ces outils toute ma vie dans mon art, mais il y aura forcément un rapport particulier avec eux, dans ce qu’ils déploient comme imaginaire magique et effrayant.

Il est malheureusement totalement injuste que des gamins travaillent pour que je puisse faire ce que je fais dans mon art avec mes outils électroniques. Que ce soit dans des mines de coltan ou autres. Et ce sont des questions que je me pose assez souvent, pourtant on retrouve ces mêmes injustices à tous les niveaux de la consommation grand public dans nos pays par rapports aux autres pays sur-exploités. En tant qu’artiste je n’ai pas le pouvoir de changer le monde à mon échelle, si ce n’est en essayant d’en inventer d’autres mais ce n’est pas ce qui va avoir une influence majeure sur le cosmos sauf dans le cas d’un effet papillon particulièrement exceptionnel, ne sait-on jamais. Mais je pense que nous ne pouvons pas simplement nous contenter d’être dans une posture moralisatrice confortable et binaire calquée sur l’actualité en essayant uniquement de désigner le bien et le mal dans nos sociétés ou plus facilement dans les sociétés lointaines où nous ne vivons pas, sinon autant faire journaliste et engager des personnes pour décorer nos discours. Je pense qu’il faut aller plus loin pour essayer de toucher réellement une sorte d’essence propre au mystère intersidéral de l’existence. Non pas qu’il faille absolument fuir le fait de donner son avis sur des questions politiques, il reste évidemment énormément de causes qui vaillent la peine de se battre. Mais pour moi il y a un équilibre à trouver, et le fait d’axer sa pratique uniquement sur un activisme de façade avec une paresse esthétique et conceptuelle éhontée me dérange et me parait être du pur charlatanisme. J’ai besoin de mettre de ma personne dans ce que je fais, que ce soit par des touches infimes ou des choses plus directes. Heureusement ce n’est pas la seule manière de voir les choses en art, et je ne prétends pas détenir la vérité absolue, mais c’est la mienne aujourd’hui. J’ai besoin de sentir quelque chose de sincère dans les oeuvres qu’il m’est donné à voir et c’est ce que je fais aussi. Et voilà donc comment ma pratique a évolué au fil de ces dernières années : j’ai essayé́ de prendre du recul sur les coutumes du milieu et ses codes aléatoires, dans ma pratique j’ai élaboré un vocabulaire plastique personnel qui me permet de naviguer sans aucune retenue parmi plusieurs formes, physiques ou virtuelles, sans m’imposer forcément une distinction entre les deux. Et je pense aussi que dans les années à venir, l’écriture d’histoires, de scénarios, prendra une place plus importante dans mon travail.

Question 4 – Votre projet de résidence

Vous êtes lauréat du programme “2-12” de la Cité internationale des arts, pouvez-vous nous dire quelques mots sur le projet que vous développez dans le cadre de votre résidence ?

“Dans le cadre de ma résidence je m’intéresse aux techniques de communications paranormales, aux langages oubliés, aux fantômes, aux ondes. Je suis originaire du Cap-Vert par mon père et de l’Italie par ma mère, pourtant je ne parle aucune de ces deux langues que sont l’italien et le créole du Cap-Vert. Je me demandais à quel point des langages gravés dans ma chair par mes ancêtres pouvaient apparaître dans des pareidolies auditives issus de dispositifs utilisés par les chasseurs de fantômes. Il existe des machines, appelées Spirit Box, qui permettent de ‘dialoguer’ avec des entités en interprétant les signaux radios. La question n’est pas forcément de savoir si je crois à ces dispositifs qui sont souvent très douteux, mais j’aime cette dévotion qui existe chez certaines personnes cherchant à tout prix une réponse tangible à leurs questions existentielles.

Dans la conception de cette pièce qui sera un monde virtuel accessible via une sculpture, je pose des questions à ma Spirit Box pour essayer de voir quels choix formels me sont proposés. Je fais aussi des recherches sur les hologrammes par réflexion (holographie analogique) ainsi que sur l’observation de mes ondes cérébrales par l’intermédiaire d’un dispositif d’encéphalographie. J’aimerais trouver un lien entre ces formes qui me permettrait de chasser plus précisément le trouble qui se niche derrière cette idée du paranormal. Donc ici il sera question d’ondes en tous genres qui me permettront d’avancer un peu plus dans la quête que notre chère simulation m’a confiée.”

BIOGRAPHIE

Né en France, originaire du Cap-Vert et d’Italie, l’artiste multidisciplinaire Raphaël Moreira Goncalves est à la recherche de chemins vers d’autres dimensions. Par le biais de sculptures en réalité augmentée, de vidéos et d’expériences de réalité virtuelle, de jeux vidéo et d’images de synthèse, il propose des créations qui font pont entre le réel et le fictif, tout en mettant l’emphase sur la dimension mystique du virtuel. Diplômé du Fresnoy et des Beaux-Arts de Lyon, ses œuvres ont été exposées à l’international, notamment à la galerie Thaddaeus Ropac Pantin de Paris, à la galerie ClearView de Londres et à la galerie Mohsen à Téhéran.

“Il y a quelque chose venant d’une autre galaxie dans la pratique de l’artiste multidisciplinaire Raphaël Moreira Gonçalves. Et ce n’est pas seulement dû à l’esthétique barrée de son travail, mais plutôt au jeu de juxtaposition entre les dimensions qui éventuellement, permettrait de communiquer avec les autres univers. Par le biais de sculptures en réalité augmentée, vidéos et expériences en réalité virtuelle, jeux vidéo et images de synthèse, il propose des créations qui font pont entre le réel et le fictif, tout en mettant l’emphase sur la dimension spirituelle et mystique du virtuel.

‘Pour moi le virtuel se rapproche d’un espace mental et énergétique qui peut se dévoiler dans le monde physique’. Une vision qui fait écho à la cosmologie branaire, une théorie selon laquelle toutes les strates dimensionnelles seraient si proches entre elles, qu’on ne serait pas capable de les différencier. Et cette proximité pourrait en partie être à la base de l’ambiguïté de notre relation au virtuel et dont le retour à l’équilibre se ferait uniquement lors du passage dans l’au-delà.

Bien évidemment ceci n’est que mythe et spéculation, mais cette légende cosmique 2.0 constitue l’un des ingrédients majeurs de la trame narrative qui rythme l’univers imaginé par Raphaël.”

 

– Benoit Palop, Point Contemporain, 2019

© Maurine Tric / Adagp Paris, 2022