Appel à candidature
Date limite de candidature : 15 mars 2026
Date limite de candidature : 15 mars 2026
Date limite de candidature : 24 novembre 2025
Date limite de candidature : 18 mai 2025
Sarah Caillard
Année/s de résidence : 2022
Sculpture
Née en 1988 à Paris, Sarah Caillard est diplômée en arts visuels à l’École Nationale Supérieure de La Cambre en 2014. À travers sa pratique artistique composée de sculptures, de vidéos, de photographies et de dessins avec lesquels elle crée des installations, l’artiste construit une mythologie qui exprime l’altérité présente en chacun d’entre nous. Au sein de cette mythologie, les différentes représentations figuratives ne sont pas divisibles les unes des autres, elles se complètent pour évoquer la complexité et la pluralité de l’être.
Son travail interroge les mécanismes sous-jacents à l’œuvre dans notre construction en tant qu’individus au sein d’une société. Elle utilise ces mêmes procédés pour créer des récits de fiction. Plus spécifiquement, elle s’intéresse au regard, à ce qu’il peut générer comme rapport de projection et de domination et aux rôles qu’occupe l’imaginaire dans notre perception des autres et de nous-mêmes. Sa recherche s’oriente vers les mythes, les légendes, les faits historiques, mais aussi les divertissements et autres phénomènes culturels, en particulier de la civilisation occidentale. Inspirée de la philosophie et de la psychanalyse – revisitée d’un intérêt pour le merveilleux -, elle enquête sur leurs sources, leurs origines, leurs influences et leurs ré-interprétations pour ensuite trouver des similitudes avec des symboles, des archétypes et des formes de représentation qui appartiennent à l’imaginaire collectif. Ceci lui permet de révéler les motifs narratifs et/ou visuels à l’œuvre à travers l’Histoire, des motifs qui dévoilent des codes sensibles qui nous sont transmis à notre insu et qui participent à notre construction en tant qu’être humain, c’est-à-dire de l’être social.
Elle envisage ces liens et motifs comme des figures fantomatiques qui nous traversent sans jamais nous appartenir. Ces figures représentent la présence de l’altérité, comme autant de facettes qui définissent l’individu, comme une entité multiple. Elle les incarne en sculptures en y créant des personnages avec différents matériaux et techniques pour figurer leur rapport allégorique. Dans ces vidéos, des maquettes et installations sont utilisées comme décors et les sculptures deviennent des accessoires.
“Je suis esthétiquement attirée par les vidéos amateur provenant de YouTube, d’Instagram… moments d’expressions individuelles qui peuvent être rassemblés pour former une entité créative collective. C’est l’esthétique de ces formes d’expression quotidiennes que j’essaie d’intégrer dans mon travail. Je les combine avec des effets spéciaux Low Fi et des décors bricolés (tels que l’écran vert, la technique d’incrustation, la créations de maquettes, de costumes, etc). Je cherche à conserver la fragilité de ces gestes autant que leur potentiel magique. Je m’inspire également de l’univers des cartoons et du cinéma.” – Sarah Caillard
Ces différents procédés sont réunis dans des installations qui désignent un point de vue pour positionner le spectateur comme témoin, voyeur ou voyant. Elle crée ainsi différentes temporalités et matérialités au sein de l’œuvre qui s’expérimente de manière physique – lors de l’exposition des sculptures ou installations – mais aussi de manière virtuelle par l’accès à des liens vidéos. Un même “objet” a ainsi plusieurs niveaux de lecture, son image est traitée avec un triple regard : réel, symbolique et fantasmagorique ; comme autant de positions et de perceptions qui inscrivent un être dans une relation fictive où il devient le sujet infini d’interprétations et de projections.
Youmna Saba
Année/s de résidence : 2018
Chant
ENTRETIEN
Pouvez-vous nous revenir, en quelques mots, sur votre parcours avant d’être en résidence à la Cité internationale des arts ?
“Je suis musicienne et compositrice libanaise. J’ai commencé ma carrière dans la musique il y a presque 15 ans maintenant ! Depuis je travaille sur des projets divers en solo et en collaboration.
Faisant partie de la scène musicale alternative beyrouthine, j’ai développé mon langage musical m’inspirant de la ville et de ces musicien.ne.s et artistes qui ne cessent de pousser les limites de l’expression artistique et de la remettre en question. J’ai aussi beaucoup appris des musicien.ne.s que j’ai rencontrés durant mes voyages et résidences un peu partout dans le monde (Corée du Sud, États Unis, Maroc, Espagne, France…).
En parallèle, j’ai fait un master en musicologie. Je suis arrivée à la Cité internationale des arts avec un projet de recherche qui servira de base pour mes nouvelles compositions. J’essaie à travers ce projet de dresser des parallèles entre le système musical arabe et la musique électronique et de comprendre le rôle de la technologie dans la composition actuelle.”
Vous avez été sélectionnée par les commissions de la Cité internationale des arts, quelle est l’importance d’une résidence artistique à Paris pour votre carrière/parcours ?
“J’ai postulé à une résidence à la Cité internationale des arts suite à un besoin de me retrouver dans un cadre où je pourrais me concentrer intégralement sur la recherche et la composition. Il est très important de pouvoir travailler seule mais aussi d’avoir la possibilité d’échanger avec des artistes de disciplines et d’expériences différentes. Cet équilibre entre introspection et échanges est essentiel au développement de ma pratique et de ma façon de penser les choses.
Également, être au centre de Paris et explorer la ville et toutes ses dimensions et richesses – surtout en tout ce qui concerne recherches en musiques électroniques/électro-acoustiques et technologie, les rencontres avec musicien.ne.s de pratiques différentes, et les manifestations artistiques – ont été une source primordiale dans l’évolution de mon projet actuel.
Je suis venue ici grâce au support de l’association Mophradat et en collaboration avec Césaré CNCM, Reims.”
Quels changements et évolutions sont à noter dans votre travail grâce à la résidence à la Cité internationale des arts ?
“Il est encore tôt pour noter tous les changements et évolutions dans mon travail, mais une phase importante de mon projet a été la conception et le développement d’un dispositif pour mon instrument, le oud, qui lui donne une nouvelle dimension électronique. J’ai imaginé ce nouvel outil de travail, que j’ai développé à Césaré avec Nicolas Canot, grâce à ma recherche toujours en cours sur l’esthétique de la musique arabe et les nouvelles possibilités technologiques et électroniques. Il va sans dire que ma façon de penser la composition et l’interprétation a évolué vers un nouvel univers que j’explore en ce moment.
Aussi, j’ai eu la chance de faire des nouvelles rencontres très enrichissantes avec des musicien.ne.s basé.e.s sur Paris, et en France (être au bon endroit au bon moment), avec parfois la naissance de nouvelles créations collaboratives, comme Terra Incognita 1, avec Kamilya Jubran et Floy Krouchi. Ces rencontres ont été essentielles dans l’évolution de mon langage musical et dans ma façon de penser la composition à plusieurs, l’expression et l’interprétation. Elles m’ont surtout marquées au niveau humain.”
Jalila, a song for a poetess – live at Metro.
Filmé par : Lujain Jo / Son par : Fadi Tabbal / Ecriture et interprétation : Youmna Saba
BIOGRAPHIE
Musicienne et auteur-compositeur, Youmna Saba a démarré sa carrière musicale en 2006, et a sorti quatre albums jusqu’à ce jour (Min Aafesh el Beit en 2008, Hal Bint Aabalha Tghanni en 2011, Njoum en 2014 et Arb’een(40) en 2017)
Ses travaux traitent des relations entre l’écriture des chansons et la narrativité, employant des éléments de la musique arabe, mêlés à des traitements électroniques. Elle prépare en ce moment un nouveau projet Taïma’ (soutenu par l’association Mophradat), une recherche entamée début 2019, qui traite des relations entre la musique électronique et l’art de la qasida (interprétation vocale musicale improvisée d’un texte en arabe classique).
Youmna Saba a collaboré avec plusieurs musiciens, notamment Mike Cooper, Jean-Marc Montera, Kyungso Park et Nadine Shah, et a participé à plusieurs résidences d’artistes telles que Hwaeom Spiritual Music Residency (Coré du Sud, 2017), Sound Development City (Espagne, Maroc, 2016), Gyeonggi Creation Center (Coré du Sud, 2013) et OneBeat (Etats Unis, 2012). Elle fait également partie de deux projets de créations Sodassi (Paris, 2018 et 2019) et Menura (Liban/Suisse, 2018 et 2019).
Youmna Saba est titulaire d’un DEA en musicologie (2014), de l’université Antonine, à Baabda, Liban. Son mémoire expose le parallélisme entre l’art visuel et la musique dans le cadre des arts traditionnels arabes.
Maurine Tric|_@_|Maurine Tric
Marie Havel
Année/s de résidence : 2020
Dessin
Work in progress (everyday) – Janvier 2021
À l’occasion de la série Work in progress (everyday) diffusée en janvier 2021, Marie Havel revient sur son travail et le projet sur lequel elle travaille pendant sa résidence à la Cité internationale des arts. Lecture à accompagner des visuels ci-contre.
A travers des techniques variées et souvent entre modélisme et dessin, mon travail questionne la ruine. De ses traces ingérées par le paysage et l’histoire collective ; jusqu’à l’environnement domestique le plus intime et les rituels du jeu ; je tente de saisir l’instant où survient la ruine, d’envisager la réactivation des ruines et les possibles changements d’identité des lieux ou paysages ; de révéler le travestissement des lieux par le souvenir, par les individualités, à travers la notion peut-être de “paysages usagés”. Je cherche à pointer l’histoire individuelle dans une histoire plus collective et surtout à envisager la ruine comme possible mode de construction à part entière avec ses mécanismes propres, comme une possible évolution, une augmentation plutôt qu’une dégradation. Ce travail relève ainsi de tensions, de rapports de force, de points d’équilibre et de cycles de construction / de(con)struction, découvertes / recouvrements ; entre la nature et l’Homme, l’adulte et l’enfant, l’enfant et la nature.
Cette démarche a pris sa source en des lieux connus et au travers d’expériences personnelles, mes terrains de jeux s’étant situés principalement dans l’Aisne près du Chemin des Dames ou sur la côte d’Opale jonchée de restes du mur de l’Atlantique. Des paysages forgés, façonnés, par une Histoire lointaine mais omniprésente de chute, de ruine et de dévastation, qui sont aussi le support, la base de nombres d’enfances, de jeux et de réappropriations, constructions / reconstructions intimes et collectives.
Ainsi, la première part du travail évoque la ruine constituante du paysage, de l’architecture, d’une grande Histoire commune extérieure parfois lointaine ; quand la seconde suggère des paysages qualifiés de domestiques, un environnement intime et intérieur, en apparence plus naïf et familier, empreint de clins d’œil, d’anecdotes et d’objets aussi singuliers que représentatifs d’une génération. Si cette recherche globale, par la diversité des médiums et des sujets, peut alors aisément se scinder en deux parties tout à fait distinctes ; elle s’attache néanmoins par son articulation à parcourir la ruine et la manière dont nous l’envisageons ; partant d’une histoire collective vers un imaginaire commun, cherchant à pointer les origines de la ruine, ses résurgences, ses racines et leurs possibles destinations.
C’est cette articulation, cette connexion entre ces deux axes que j’ai souhaité questionner et travailler dans le cadre de la résidence du programme “Fondation Daniel & Nina Carasso et Cité internationale des arts”, pour rendre la démarche plus lisible en me plongeant davantage dans la seconde partie du travail, plus récente, qui entre parfaitement en écho avec un temps de résidence et en particulier dans la période actuelle, allant de l’extérieur vers l’intérieur. J’ai intitulé ce projet Die and Retry, terme issu du jeu vidéo, désignant une pratique qui consiste d’abord à perdre / mourir afin de connaître les mécanismes du jeu pour ensuite pouvoir revenir et recommencer, réussissant cette fois. Une chance que permet le jeu vidéo, le jeu plus généralement, mais aussi un temps de résidence comme celui-ci ; s’isoler un temps pour mieux saisir l’objet des recherches, des préoccupations avant de revenir et recommencer, après ce temps suspendu mais loin d’être vain, à l’image d’une cabane d’enfant qui enferme autant qu’elle ne suggère la fuite et l’évasion.
– Marie Havel
Vivant et travaillant à Montpellier, Marie Havel est née en 1990 à Soissons dans l’Aisne. Après un BTS en communication visuelle, elle est diplômée DNSEP en 2016 de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Montpellier (MO.CO ESBA).
Lauréate du Prix jeune création Drawing Room 2016 de Montpellier puis du Premier Prix DDESSIN à Paris en 2017, elle réalise à l’été 2018 une exposition en duo avec le plasticien Clément Philippe à La Mouche Art Contemporain Béziers.
Son travail a notamment été présenté lors l’édition 2019 de Bienvenue Art Fair à la Cité internationale des arts avec la Galerie Jean-Louis Ramand. Lauréate du dispositif Post-Production FRAC Occitanie Montpellier 2019, elle y a récemment exposé son travail lors de l’exposition collective Le Bal des Survivances.
Elle collabore également régulièrement depuis 2015 avec le promoteur et la Fondation GGL Helenis sur divers projets artistiques.
” Le travail de Marie Havel s’enracine dans une réflexion autour de la ruine, état de chute aussi bien assimilé aux choses qu’à l’individu.
Il se décline dans un agencement subtil entre construction et destruction. Cet équilibre, précaire, est appréhendé à l’orée de l’enfance, dans des dimensions expérimentales et ludiques. Dans ce sens, ses œuvres proposent un double regard, celui de la curiosité, du jeu, d’un âge où l’on s’adapte à l’environnement chargé d’histoire qui nous entoure, et celui d’une approche plus distanciée, posant son attention sur ce qui bâtit notre passé. […] Son travail relève ainsi de l’introspection, du souvenir, elle va puiser dans les décombres de sa mémoire pour opérer une mise en lumière des images et expériences vécues. L’état de ruine est non seulement révélé […] mais également suspendu. Il y a dans ses dessins un état de sursis latent, dont la série Jumanji est particulièrement représentative. […]
A l’inverse de structures qui se détériorent au fil du temps, Marie Havel bâtit des constructions originellement altérées, elle érige la ruine. Ce qui est mis en lumière n’est pas tant la chute que l’acte vain. Les œuvres participent d’une forme de cynisme, où la part d’instabilité et de destruction constitue l’essencemême de la structure. Si Marie Havel excelle dans la technique du dessin, son travail présente une déclinaison de médiums, portant toujours son attention sur l’effondrement de manière ambiguë[…].
L’artiste promeut le chaos, l’échec, et l’adversité. […] Il y a en effet dans son travail un besoin de révéler, de montrer ce qu’on ne voit pas ou que l’on ne voudrait plus voir. […] Les œuvres de Marie Havel sont ainsi empreintes de souvenirs où son histoire prend place dans l’Histoire. L’enfance ingénue se substitue à la réalité d’un monde détérioré, en tension. Il s’opèrepourtant une sublimation de la mémoire. A travers la reconstruction de jeux, de situations périlleuses ou encore de structures, l’artiste introduit une poésie de la ruine.”
Extraits du texte de Gwendoline Corthier-Hardoin, chercheuse en Théorie des Arts et commissaire d’exposition, mars 2020.
“Ce programme a été une opportunité unique de prise de hauteur, de réappropriation du travail comme du temps, de rencontres inattendues et de préservation, permettant d’analyser et ainsi de renforcer l’ensemble de ma démarche artistique. Ces six mois sont déjà le marqueur d’une évolution considérable dans ma jeune carrière, une nouvelle étape à un moment où rien ne laissait présager une telle chance.”
Site de l'artiste
Date limite de candidature : 7 septembre 2025
Date limite de candidature : 9 juillet 2025
Charlotte Delval
Année/s de résidence : 2022
Sculpture
ENTRETIEN
Diplômée de l’ESAM Caen/Cherbourg en 2019, comment votre pratique a-t-elle évolué depuis lors et que vous a apporté votre résidence à la Cité internationale des arts ?
“La sortie de l’école est une période tout aussi difficile qu’excitante, j’ai eu la chance de pouvoir vivre quelques mois à la Cité internationale des arts, seulement trois ans après mon diplôme. Lorsque j’ai atterri au cœur du Marais dans cet endroit incroyable qu’est la Cité, j’étais très enthousiaste à l’idée d’arpenter la ville et de découvrir de nouvelles choses. J’avais depuis trois ans de post-diplôme, compris le besoin et la place importante que prend la pratique artistique dans ma perception quotidienne. La Cité, proche de nombreux lieux de ressources, m’a offert un temps de réflexion et d’observation très intense. Ma pratique de sculpture et de dessin s’est affirmée encore plus sensuelle et fragile. L’impact du temps, la vieillesse qui nous ronge m’intéresse, j’aime confronter cette friabilité avec les bijoux, bien souvent plus clinquants que précieux, signe de désir dominé ou dominant. La Cité m’a apporté rencontres, divagations et espace de travail dans lequel j’ai confirmé cette recherche plastique mêlé à ma pratique de l’écriture. J’ai pu rencontrer des critiques, auteur.trice.s, commissaires et discuter de cette hybridation texte sculpture.“
En avril 2022, vous avez participé à l’exposition collective Weirdo Rainbow à l’espace DOC. Dans quelle mesure votre expérience en résidence à la Cité internationale des arts a-t-elle nourri votre participation à cette exposition ?
“Paris est un endroit de rencontres incroyables, la Cité internationale des arts m’a permis d’avoir un atelier-logement au sein de ce foisonnement artistique. J’ai partagé beaucoup de temps et de réflexions lors des Ateliers ouverts, des vernissages et de fêtes dans d’autres lieux alternatifs avec d’autres artistes dont Audrey Aumegeas et Loïc Leclercq, qui sont deux artistes résident.e.s à DOC.
De ces réflexions, nous avons construit avec deux autres artistes, Marine Coullard et Vincent Girard, une exposition collective pensée, montée, rédigée, par des jeunes plasticien.ne.s. Nous avons, avec une certaine mélancolie parfois, voulu penser la cohabitation, la fugacité de l’apparition et la fragilité de nos projections. D’une certaine manière, cela évoque tout autant la difficulté que l’on rencontre en tant que jeune artiste que de cette volonté incroyable de partager des choses humaines et artistiques. Sans cette chance de se retrouver ensemble, dans un même endroit, nous aurions expérimenté les choses différemment.”
Dans le cadre de votre résidence à la Cité internationale des arts, vous avez eu l’occasion de participer aux Ateliers ouverts : pratiques ralenties et d’ouvrir les portes de votre atelier-logement au public, que vous a apporté cette expérience ?
“J’ai ouvert mon atelier le mercredi 23 février 2022, j’ai pu alors montrer des sculptures en cours et des dessins. La discussion avec des personnalités très différentes a été enrichissante et a permis de confirmer certains choix. Montrer un travail en cours dans mon atelier a permis par la suite de penser mes sculptures de manière plus radicale. Le fourmillement de la recherche lors de l’ouverture de l’atelier permet d’affirmer les désirs que peuvent contenir certaines formes en cours de gestation. Ces légers décalages que l’on remarque seulement lorsqu’ils sortent du contexte quotidien de l’atelier.
Au-delà, de l’opportunité extraordinaire d’inviter des personnes importantes pour moi et de discuter du travail, c’est aussi un exercice de distanciation et d’affirmation dans ma recherche qui a tendance, pour ma part, à être très boulimique. J’ai par exemple, montrer une pièce en ouate ornée d’épingles à nourrices lors de l’atelier ouvert. Cette œuvre a finalement trouvé son poids lors de l’exposition collective Weirdo Rainbow à DOC. Sans cette étape d’ouverture d’atelier Hermine, aurait été différente.”
BIOGRAPHIE
Née à Roubaix en 1996, Charlotte Delval a débuté son cursus en école d’art avec une option communication à Cambrai avant de finir félicitée en option Art à l’École Supérieure d’Arts et Médias de Caen/Cherbourg en 2019. Ce point d’ancrage constitue l’essence de son travail, un tissage entre la littérature et les arts plastiques.
En résidence au Confort Moderne de Poitiers cinq mois, son travail mêlant érotisme, sécrétions et formes sculpturales, prend forme dans une exposition collective À tous ces cadavres conservant l’apparence de la vie. Les notions de temps, de vieillissement et d’une certaine lenteur contaminent ses formes les contraignant à une douce violence érotique induite par les sécrétions, odeurs et autres sensations haptiques qui se diffusent dans l’air tel un cri désespérément étouffé.
Le travail de Charlotte Delval révèle un univers résilient, constamment contraint par le corps et cherchant à s’échapper pour venir mourir, et par la même, féconder de nouveaux espace-temps.
Arpès cette expérience, ses recherches et création continuent et sont notamment présentée à l’occasion d’une première exposition personnelle aux Bains-Douches à Alençon, en 2021 Let’s twist Again accompagné d’un texte auto-édité.
En 2022, elle est en résidence à la Cité internationale des arts pendant cinq mois où elle prend part à plusieurs expositions collectives. Aujourd’hui, elle est basée à Rennes, où elle participe à la formation professionnelle GENERATOR, 40mcube.
Maurine Tric
Ninon Lacroix
Année/s de résidence : 2023
Film
ENTRETIEN
Dans le cadre de votre résidence à la Cité internationale des arts, en partenariat avec la Fondation Culture & Diversité, vous avez bénéficié d’un accompagnement à la création par des commissaires indépendantes membres de C-E-A / Association française des commissaires d’exposition. Pouvez-vous nous dire en quoi cet accompagnement a nourri votre pratique ?
Le travail avec les commissaires m’a permis d’approcher les enjeux de construction d’une exposition et de production vidéo dans le cadre d’une exposition, ce qui était très nouveau pour moi et a ouvert beaucoup de possibles dans ma pratique. L’accompagnement a principalement consisté à penser l’exposition Faire danser les ours présentée dans le cadre du Festival des Traversées de Marais. La particularité de ce travail était que nous pensions à l’exposition en même temps que je produisais les objets qui y seraient montrés. Ceci a bien sûr beaucoup alimenté ma production; j’ai pu me concentrer sur des questions très concrètes, qu’est ce qui va exister, comment, ce qui m’a permis de préciser mes intentions de manière plus générales. J’ai beaucoup apprécié cela, d’autant que je n’avais jamais eu l’occasion auparavant, de mener à bien un projet personnel jusqu’à sa production finale avec d’autres professionnelles toutes très qualifiées.“
Vous inaugurerez une exposition à la Cité internationale des arts en septembre 2023 à l’occasion du festival des Traversées du Marais. Comment ce projet s’est-il développé et en quoi celui-ci s’ancre dans votre projet de résidence ?
“Mon projet de résidence portait la production d’installations à partir d’un projet de film, plutôt destiné au cinéma, autour du langage et des récits amoureux. J’ai filmé pendant deux ans le discours et les gestes d’enfants en école maternelles et primaires à Paris pour traiter ce sujet. J’ai plutôt une démarche documentaire. L’année dernière, alors que je bénéficiais d’une résidence en écriture à Périphérie, la forme que je développais, tant au niveau de la narration que de l’expérience que je voulais transmettre, m’a peu à peu conduite vers l’installation. C’est ce que j’ai voulu explorer au sein de la résidence à la cité des arts. Le projet d’exposition s’inscrivait parfaitement dans ma recherche d’alors; comment produire des vidéos pour un espace d’exposition, comment penser le montage dans l’espace, via plusieurs écrans, et la possibilité d’une déambulation.
J’ai passé un certain temps à revenir sur les images filmées et les sons enregistrés, mais également sur les différents objets que j’avais récoltés dans les centres de loisirs; dessins, photo, mots d’amour et lettre. Il a fallu opérer un tri dans cette matière assez vaste. Puis j’ai testé des agencements via le montage vidéo en même temps que j’explorais des manières de projeter dans l’espace et sur différents supports.”
Avez-vous d’autres projets en cours ou futurs ?
“J’aimerai bien évidemment poursuivre ce projet là et donner une forme finale à la fois aux installations et au film. En parallèle, d’autres projets se concluent peu à peu à la rentrée. J’ai travaillé une série photographique avec trois chercheur.se.s en science sociale de l’Institut Convergence Migration sur la complexité de l’habiter des exilé.e.s. Les photographies ont majoritairement été prises à la chambre photographique et dépeignent les différentes structures «accueillantes» ou prétendument hospitalière dans la ville, que ce soit les espaces intimes intérieurs ou ceux extérieurs et publics. Ce travail fera l’objet d’une exposition en octobre à la maison de l’architecture à Paris. Enfin, je suis en train de finir une installation vidéo qui sera présentée à la Maison Salvan à Toulouse en octobre également, dans le cadre de l’exposition L’eau qui fend la pierre avec l’herbe de David Ryan. Elle est conçu comme une encyclopédie de gestes de soins et d’attentions quotidiennes pratiqués à Belfast, majoritairement par des personnes qui s’identifient comme femmes. Ces gestes sont autant d’héritages de manières de résister et lutter qui sont souvent tues et dévalorisées. L’envie, en les archivant est de montrer leur puissance et leur particularité: j’ai eu la chance de travailler avec Oona Doherty pour interpréter certains gestes.”
BIOGRAPHIE
Ninon Lacroix est photographe et réalisatrice. Elle a participé au programme Égalité des Chances à l’ENS Louis-Lumière en 2017, alors qu’elle était sur le point de valider sa licence de philosophie à PSL / Lycée Henri IV – ENS Ulm. Elle intègre par la suite le Master de Photographie de l’École Nationale Supérieure Louis-Lumière, option Procédés alternatifs, animer l’image fixe, portraits à la chambre photographique, dont elle sort diplômée en 2022, formation qu’elle complète par le Master Documentaire de création option Réalisation, qui émane d’un partenariat entre l’École documentaire de Lussas et Université Grenoble Alpes. Durant ses études, Ninon Lacroix a bénéficié des bourses de la Fondation Culture & Diversité ainsi que de la bourse de Prime Video.
Par l’intermédiaire du médium filmique, du documentaire ainsi que de la photographie, le travail de Ninon Lacroix s’intéresse aux conventions amoureuses et à la notion de genre. Dans le cadre de la Résidence C&D, elle envisage de produire un dispositif audiovisuel visant à explorer une forme d’imaginaire qui suggèrerait une forme de subjectivité par le déploiement de l’espace mental comme un paysage extérieur. La collecte d’une matière vaste et protéiforme, composée de montages, d’entretiens, de mises en scène, de portraits et de dessins accompagnés de leur description audio, s’exposerait sous la forme d’une installation immersive qui proposerait au spectateur·rice de traverser le dispositif comme l’on traverserait l’inconscient d’un individu.
© Maurine Tric / Adagp