Ashiko Ratovo est née en 1998 à Antananarivo (Madagascar). Artiste pluridisciplinaire autodidacte, elle est la lauréate de la 7ème édition du Prix Paritana.
Suite à l’obtention de son Bac en 2017, elle intègre une Licence de psychologie sociale à l’Université d’Aix-Marseille. En parallèle de ses études, Ashiko Ratovo pratique la peinture, l’aquarelle, puis l’acrylique. Curieuse de la multiplicité des supports et des médiums, elle intègre progressivement à sa pratique la sculpture et s’exerce à la broderie. En 2022, elle suit la formation AINGA à la Fondation H – un accompagnement visant à offrir aux artistes des bases théoriques et pratiques solides dans leur carrière artistique. Durant cette même période, Ashiko Ratovo crée sa propre marque d’aquarelle 100% naturelle : Lokorano (peinture à eau en Malgache). La même année, elle intègre la Licence d’Arts plastiques à Paris Panthéon Sorbonne. Son travail est présenté pour la première fois lors de son exposition personnelle : Vohitrin’ny Nofy [Reliefs des songes] à Art’Home Ankadilalana Antananarivo en octobre 2022.
Lors de sa résidence à la Cité internationale des arts, Ashiko développe son projet Tsy manan-kialofana [Sans-abris]. La même année, le prix création Africa lui est décernée par le ministère français de la culture pour son projet d’animation co-crée avec la réalisatrice malgache Dina Nomena Andriarimanjaka, vice-lauréate de la 7ème édition du Prix Paritana.
Ashiko Ratovo expérimente plusieurs médiums : l’alliance de l’aquarelle et de l’acrylique pour représenter des paysages abstraits et organiques, rappelant l’idée d’une fôret-refuge ou d’un foyer. Foyer dans lequel l’artiste projette avec ambiguïté autant l’envie de s’y terrer que l’envie de le fuir. De ses recherches, Ashiko Ratovo aboutit à la réalisation de l’oeuvre Halam’patana [Foyer], un ensemble de quatre peintures représentant des fils sur lesquels le linge sèche. L’image des vêtements étendus témoigne de l’occupation des maisons, marquant également l’établissement des personnes au sein de la société malgache.
Le textile occupe une place particulièrement importante à Madagascar, autant au niveau de la tradition du tissage que dans l’utilisation même des produits textiles. Le lamba, pièce tissé traditionnelle malgache, accompagne l’homme tout au long de sa vie, de sa naissance à sa mort. Il agit comme une seconde peau, comme une protection qui évoque à l’artiste à nouveau l’idée de refuge.
Au-delà de la représentation du textile dans ses peintures, Ashiko Ratovo intègre directement les fibres textiles dans une nouvelle recherche plastique : Hanafotra [Submerger]. Cette série est composée de plusieurs pièces dont la structure en fil de métal fait un écho aux fils de fer utilisés pour étendre le linge et est recouverte d’un argile friable et fragile soutenu par un amas de fils de laine et de coton.
ENTRETIEN
En tant que lauréate prix Paritana, vous bénéficiez du programme de résidences pensé par la Cité internationale des arts et la Fondation H. Pouvez-vous nous dire un peu plus sur votre expérience ?
Le Prix Paritana est le plus grand prix d’art contemporain dédié aux artistes malgaches, suite à ma candidature j’ai été nommé Lauréate de la 7eme édition de ce prix. J’ai donc bénéficié du programme de résidence à la Cité Internationale des Arts. Me retrouver dans un espace de création pensé pour les artistes m’a permis de me redécouvrir dans mon art, le fait d’avoir été « couper du monde » en me mettant délibérément en situation d’isolement dans l’atelier m’a poussé dans mes derniers retranchements, ce qui m’a ouvert de nouvelles portes dans ma création. Cette résidence m’a donné l’opportunité de mener mon projet à son aboutissement et par la même occasion de me lancer dans le développement de mon art. Ma pratique est assez jeune, mais mon envie de créer est présente depuis toujours.
Pourquoi choisir la peinture comme principal moyen d’expression artistique ?
Je suis une artiste « touche à tout » , je fais beaucoup dans l’art textile et les sculptures avec diverses matières, mais la peinture m’a paru comme une évidence lors de mes recherches. Je ne l’ai pas choisis, c’est elle qui est venue à moi. À la moitié de mon temps de résidence je n’arrivais plus à créer, mon seul échappatoire était de produire mon aquarelle que je broie à la main car ça me permettait en quelques sortes de rester « productive ». Par accident j’ai fait tomber mon mortier plein de couleur sur une toile et en séchant les pigments y en adhèreraient. Les effets que l’aquarelle combinée à l’acrylique, déjà sur la toile, m’ont tellement plu que j’ai décidé d’en faire une série pour mon exposition.
Quels projets avez-vous développés pendant cette résidence ? Pouvez-vous nous dire un peu plus sur vos projets futurs ?
Mon projet s’intitule « Tsy Manan-kialofana » ou sans abris en malgache. Pensé comme un tout, des différentes étapes de vie d’un être humain en décomposant l’aspect direct d’un « foyer ». Ma démarche artistique consiste à travailler sur les conditions humaines, et dans chacun de mes projets artistiques j’y mets une touche d’autobiographie car j’aime retranscrire dans mon travail une partie de moi-même, ça me permet de rester authentique et de discuter avec le spectateur sans avoir à prononcer un mot.
La suite de l’exposition qui a eut lieu à la Fondation H Paris se fera au mois de Mars 2024 à l’Institut Français de Madagascar. Cette seconde partie sera l’aboutissement final de mon projet, que je souhaite rendre évolutif .
En parallèle j’ai un projet d’animation qui s’intitule « La fabrique des filles » avec la réalisatrice Dina Nomena, que nous comptions développer et lancer en tant que campagne de projection itinérante dans toute l’île de Madagascar afin de sensibiliser le plus de personne sur le poids que la société a sur l’éducation des femmes.