Dans l'atelier de...
Dans l'atelier de...
© Maurine Tric / Adagp Paris, 2026
Teneille Prosper est une artiste visuelle basée à la Nouvelle-Orléans dont le travail explore l’identité culturelle, la mémoire ancestrale, la misogynoir et la justice sociale. Elle a étudié les beaux-arts à l’université Xavier sous la direction de John T. Scott et Ron Bechet. En travaillant l’acrylique, le collage et les techniques mixtes, Prosper crée des récits superposés qui reflètent la résilience et la complexité de la vie noire dans le Sud. Son travail a été présenté dans de nombreuses expositions collectives et est inclus dans des collections telles que la ville de La Nouvelle-Orléans. Elle a été en résidence au Joan Mitchell Art Center en 2024 et à Yaddo en 2025.
Cette résidence m’apporte ce dont j’avais vraiment besoin : du temps et de la distance. Mon travail aborde beaucoup la mémoire, la filiation et les courants émotionnels sous-jacents, et le fait d’être loin de mon environnement habituel me permet d’aborder ces idées différemment, avec plus de clarté.
Je ne vois pas cela comme un changement de direction, mais plutôt comme un approfondissement. Je ralentis le rythme, je prête davantage attention à l’atmosphère, à la psychologie et aux tensions plus subtiles qui se cachent dans mon travail. Je me sens également plus ouverte à prendre des risques avec l’espace, le symbolisme et ce que je choisis de laisser sous-entendu.
Sur le plan professionnel, le fait d’être ici élargit ma réflexion sur la place qu’occupe mon travail. Les histoires que j’explore : l’effacement, la résilience, la condition des femmes noires et l’héritage, ne sont pas seulement des histoires américaines. Le fait d’évoluer dans un contexte international renforce vraiment cette idée. La résidence façonne donc non seulement ce que je crée, mais aussi la façon dont je comprends la portée et l’avenir de ma pratique.
© Maurine Tric / Adagp Paris, 2026
Travailler à Paris inscrit mon œuvre dans un dialogue historique et culturel beaucoup plus vaste. Mes peintures puisent leurs racines dans la mémoire afro-américaine, mais le fait d’être ici me rappelle que l’histoire et la présence noires ont toujours dépassé les frontières.
Il y a quelque chose de puissant à créer des œuvres sur la lignée, la survie et l’effacement tout en étant entourée de tant d’histoire de l’art européen et de son contexte colonial. Cela aiguise ma conscience de la visibilité de ceux qui sont mis en avant, de ceux qui disparaissent et de la manière dont les récits sont construits. Cette tension est déjà ancrée dans mon travail, mais ici, elle me semble plus vive, plus présente.
© Maurine Tric / Adagp Paris, 2026
Je continue à développer des séries d’œuvres axées sur la mémoire ancestrale, la transmission intergénérationnelle et la vie intérieure des femmes noires.
Mes personnages se trouvent souvent à une sorte de seuil : des moments de perception, de prise de conscience ou de réflexion silencieuse. Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est ce qui est ressenti, mais qui n’est pas pleinement exprimé.
Depuis cette résidence, mon travail est devenu plus calme et plus aérien. Plus psychologique. Je privilégie désormais le calme, l’ambiguïté et les gestes subtils. Je laisse l’atmosphère, l’absence et la tension émotionnelle porter davantage le récit, plutôt que de tout expliquer en détail.
© Maurine Tric / Adagp Paris, 2026